21 janvier 2007

Les filles de Pennystown

Je l'avais un peu évoquée lors de leur travail sur Spider-Woman : Origin mais il est temps de consacrer un article entier à l'excellente série des Luna Brothers, Girls.

Ethan est un jeune homme plutôt mal à l'aise avec les filles, filles qui ne courent d'ailleurs pas les rues dans la petite bourgade campagnarde de Pennystown où il tient une épicerie. Du coup, le vendredi soir, il le passe au bar à picoler un peu avec son pote Merv, en se lamentant sur la complexité des femmes et leur déroutante psychologie. Ethan profite joyeusement de sa misérable soirée pour se prendre une veste de la part d'une fille qu'il pensait "facile", suivie d'un direct dans la tronche (et dire qu'on appelle ça le "sexe faible") et pour finir en beauté, il se fait même virer par le shérif. Y'a des soirs comme ça, on ferait mieux de rester chez soi. Seulement voilà, sur le chemin du retour, il tombe sur une fille, seule, perdue au milieu de nulle part et entièrement nue.

Pour avoir pas mal arpenté les routes secondaires en milieu rural dans ma jeunesse, je peux vous dire que c'est tout de même rare comme rencontre. Ethan en profite donc pour l'inviter chez lui et même, tant qu'on y est, la culbuter vu qu'elle ne demande que ça. C'est le début des ennuis car lorsqu'Ethan se lève le lendemain matin, la fille en question a eu le mauvais goût de pondre plein d'énormes oeufs dans sa salle de bain. Pas besoin de consulter Nadine de Rothschild pour savoir que ça ne se fait pas de pondre comme ça quand on n'est pas chez soi.
Très rapidement, ces filles nues à l'étrange mode de reproduction vont mettre le village entier en danger. En effet, si elles se montrent plus qu'amicales envers les hommes, elles n'hésitent pas à se précipiter sur toutes les femmes qu'elles croisent pour les trucider. Il suffirait de quitter le village pour se mettre en sécurité me direz-vous, seulement, cette brave ville de Pennystown est maintenant entourée d'un étrange mur invisible apparemment impénétrable.

Le postulat de départ pouvait donner lieu à une simple histoire d'épouvante mais le traitement des personnages lui donne un attrait particulier. Les habitants de ce trou perdu sont tous plus lâches, bêtes, irritants et cancaniers les uns que les autres mais se retrouvent, par la force des choses, obligés de coopérer, sans pour autant mettre leurs querelles et vieilles rancunes de côté. Ils ont peur mais n'oublient pas de s'engueuler pour un rien. Du coup, non seulement il y a du suspense mais en plus, c'est souvent drôle (la famille Pickett, un peu les dégénérés du coin, vaut à elle seule le détour, notamment pour la stupidité du fils et les réactions du père).
Si la colorisation est vraiment réussie, dans un style pastel convenant parfaitement à l'ambiance, les dessins, eux, sont le point faible de Jonathan Luna. En fait, les visages surtout souffrent d'un cruel manque de détails et de finition, tous se ressemblent, à tel point qu'il est parfois difficile de faire la différence entre personnages vieux et jeunes ou, pire, entre un homme et une femme. Même les cheveux et autres moustaches ont l'air "posés" sur le dessin, dans un effet postiche non voulu passablement ridicule. Bon, c'est le seul petit défaut de cette série dont deux tomes (regroupant 6 épisodes chacun) sont déjà parus en France chez Delcourt (avec covers + une carte détaillant les lieux de la petite bourgade en question). La série comptant 24 épisodes en tout, il reste donc deux volumes VF à paraître. Pour l'instant, c'est tout bonnement excellent et cela pourrait même s'adapter en film (rien d'officiel, juste une sorte de pressentiment).

Sorte de thriller campagnard mâtiné d'humour grinçant, Girls est une pure réussite scénaristique. L'ambiance visuelle serait parfaite également sans le petit défaut des visages, un défaut qui n'est pas suffisant pour se dispenser d'un excellent moment de lecture.

ps : le jeu de mot sur la prononciation de Pennystown est voulu, "pénis" se disant aussi "penis" en anglais. ;o)