19 juin 2007

Quand les morts marchent

Dans la plupart des cas, lorsqu'une personne décède et qu'elle est bien élevée, elle cesse instantanément de vous emmerder. Lorsque ce n'est pas le cas, cela donne Walking Dead de Robert Kirkman, une bonne occasion de terminer cette petite série d'articles "zombièsques" sur une note plus sérieuse.

Rick est un flic ayant été blessé par balle lors d'une arrestation. Une fois sorti du coma, il constate que le monde a changé. Les morts ne meurent plus et toute la population semble avoir fui vers les grands centres urbains. Pour Rick, il s'agit maintenant de retrouver sa famille. Peut-être à Atlanta. Puis, comme pour le reste des survivants, il faudra, chaque jour, trouver une raison de ne pas sombrer dans la folie. Et puis surtout, penser à l'essentiel : trouver un toit pour dormir, de la nourriture, des armes...

L'on découvre ici, dans ces deux volumes VF déjà parus chez Delcourt, un Robert Kirkman que l'on ne connaissait pas. On est bien loin d'Invincible ou du comico-trash Marvel Zombies. Walking Dead, bien que cédant aux règles - voire aux clichés - du genre, se veut bien plus qu'une série d'épouvante. Comme le dit Kirkman lui-même, "si en cours de lecture, quelque chose vous a effrayé, tant mieux... mais il ne s'agit pas d'un comic d'horreur". Et il a raison. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien qu'il considère cette oeuvre comme le travail le plus abouti, jusqu'ici, de sa carrière.
Walking Dead n'abuse pas des morts-vivants. Ils interviennent de temps à autres, bien sûr, mais les scènes où ils sont absents, au moins physiquement, sont bien plus nombreuses. Par contre, évidemment, ils restent l'obsession centrale de tous les personnages. Car le véritable sujet est celui-ci : que devient-on lorsque le vernis social se craquelle, lorsque la mince feuille de papier séparant la civilisation de nos pulsions primaires est déchirée par des circonstances extraordinaires ? Certains agissent, sinon en héros, du moins en braves gens, d'autres, poussés par le désespoir, en viennent aux pires extrémités. Mais une chose est certaine. Tous ont changé.

Un mot sur les dessins de Tony Moore et Charlie Adlard. Ceux-ci sont en noir & blanc. Aïe. Heureusement, pas du vrai N&B (à la From Hell) mais des niveaux de gris, ce qui rend tout de même le graphisme plus agréable et lisible. Si comme moi vous n'êtes pas un fan du manque de couleurs, ne vous inquiétez pas, plus l'on rentre dans l'histoire, moins l'on y prête attention. A la limite, l'on peut se dire qu'ici, pour une fois, le choix est justifié par une volonté de ne pas en rajouter dans les effets gore. Tout ici est misé sur l'ambiance, les dialogues, la psychologie des personnages, le suspens, et c'est pleinement réussi.

Plus qu'un comic horrifique alternant massacres et dépeçages en règle, Walking Dead s'affirme comme une épopée humaine surprenante où les relations entre les personnages deviennent aussi excitantes que les scènes d'action pure et dure. Une oeuvre magistrale, poignante, mature et se permettant le luxe de ne jamais en faire trop.
Souhaitons que le succès soit au rendez-vous pour que Delcourt continue cette publication, ce serait amplement mérité (les 2 tomes VF regroupent 12 épisodes, la VO en est, quant à elle, au #38).

[Edit : 17/03/08] les tomes 3 et 4 sont maintenant disponibles en VF.