06 juin 2007

Spawn : une "presque" intégrale

Al Simmons était un agent des forces spéciales, un tueur professionnel dont ses supérieurs se sont débarrassés lorsqu'il est devenu trop gênant. Parvenu aux Enfers, Simmons passe alors un marché avec Malebolgia, maître suprême du Huitième Cercle Infernal. Seulement, ce pacte, loin de lui rendre son ancienne vie, fait de lui un Hellspawn, une créature chargée de diriger les hordes infernales lors du prochain Armageddon.

Delcourt réédite actuellement l'intégrale du héros de Todd McFarlane dans des éditions remasterisées. Petit problème, en fait d'intégrale, certains épisodes, pour d'obscures raisons de droits, manquent à l'appel, ce qui devrait faire grincer les dents des collectionneurs. Outre McFarlane lui-même, on trouve des noms aussi prestigieux que Alan Moore et Frank Miller qui signent deux épisodes du premier tome. Un gage de qualité ? Oui et non.

Ces premières aventures de Spawn ont quelque peu vieilli. Même si pour un héros encapé, le point de départ est original, l'histoire souffre d'une narration poussive et répétitive. En effet, l'on n'en finit plus de voir le héros se lamenter sur sa condition, son ex-femme, les malheurs du monde et à peu près tout ce qui lui passe par la tête. Parfois, McFarlane utilise bien de vieilles astuces pour faire passer le tout (des extraits de journaux télévisés par exemple) mais cela n'empêche pas les continuels et indigestes pavés de texte d'être présents un peu partout. Au final, le rythme s'en ressent et l'on a du mal à rentrer pleinement dans l'histoire.
Heureusement, il y a aussi de bons moments, avec notamment des personnages particulièrement horribles et détestables, comme Kincaid par exemple, le tueur d'enfants. Mais même là, l'idée n'est pas exploitée à fond. Après une longue intro nous décrivant la perversité du personnage, Spawn finit par lui régler son compte très (trop) rapidement et surtout... hors de la vue du lecteur ! Un comble alors que l'on se tape toutes ses lamentations avec les clodos du coin.
La partie purement "infernale", avec ses créatures étranges et ses différentes sphères, est plus réussie et aurait méritée d'être plus développée mais là encore, on reste un peu sur sa faim. il y a pourtant ici l'ébauche d'une assez fascinante mythologie, avec ses lieux et ses monstres, entre l'Aire de Réception, les Scalpeurs d'Ames, la Monade Primale ou encore les Piégeurs de la sixième sphère, aimant avoir des âmes de compagnie parce que "c'est la mode".

Ces épisodes datant du début des années 90, il fallait s'attendre forcément à ce côté un peu vieillot (et même parfois prétentieux, mais ça n'engage que moi) dans la narration. Le graphisme, lui, ne s'en sort pas si mal. Si McFarlane est seul aux crayons pendant tout le premier volume, il est rejoint dans le deuxième par Greg Capullo et Marc Silvestri. Reste le prix, 25 €, qui n'incitera pas les simples curieux à délier leurs bourses. Quant aux fans de Spawn, s'ils possèdent déjà ces premiers arcs, ils feraient peut-être mieux d'économiser pour un futur graphic novel lui étant consacré et qui s'annonce magnifique sur le plan visuel (j'aurai l'occasion de vous en dire plus dans quelques temps lors d'un entretien avec le dessinateur).

ps : à noter que Sam Burke et Twitch Williams, héros du spin-off Sam & Twitch, apparaissent pour la première fois dans ces pages.