10 mars 2008

Y, The Last Man

Yorick Brown n'a rien d'un héros. Sans emploi, il gagne quelques billets en faisant des tours de cartes à Washington Square. Il est plutôt désordonné et a même du mal à s'occuper de son singe, Esperluette, qui n'hésite jamais à lui balancer quelques crottes à la tête. Pourtant, le destin de l'apprenti magicien va basculer lorsqu'il va se rendre compte que son compagnon et lui sont les seuls survivants d'un terrible fléau qui vient d'anéantir tous les mammifères mâles de la planète.
De parfait anonyme, Yorick devient donc le seul espoir de survie de l'humanité. Flanqué d'une spécialiste en clonage et d'une experte en combat, membre de l'organisation secrète Culper Ring, il va devoir, à travers le pays et bientôt le monde, se mettre en quête de réponses tout en échappant aux pires dangers. Car si les hommes ont été éradiqués, leur folie n'a pas succombé avec eux. Ainsi, les Filles des Amazones, une organisation extrémiste, et même un commando israélien vont tenter de mettre la main sur... le dernier homme.

C'est Brian K. Vaughan (auteur chez Marvel de Runaways) qui signe le scénario de Y, Le Dernier Homme, s'offrant ici une aire de jeu exceptionnelle puisque ses personnages vont bourlinguer un peu partout, accumulant des aventures d'où l'humour n'est pas absent. Les dessins, eux, sont l'oeuvre de Pia Guerra. Ils ne sont pas laids mais quelque peu simplistes, les décors manquant de détails et les visages de variété. Enfin, bon, pour une fois qu'une nana dessine un comic, on ne va pas lui jeter la pierre (qui a dit "non, juste une gomme !" ? non, commencez pas, on a dit qu'on restait sympa !).
Les covers, elles, sont par contre plutôt séduisantes, notamment celles de Carnevale ou Jones.

Les deux premiers tomes de la VF ont été édités par Semic, trois autres sont disponibles chez Panini qui a, depuis, repris les droits Vertigo.
Je viens tout juste de commencer les versions paniniennes et, déjà, je vais ronchonner. Premier hic (mais là, ce n'est peut-être pas la faute du traducteur, il faudrait vérifier sur la VO), l'abréviation "P.V.E." est présentée dans l'histoire comme un acronyme, ce qui est faux, un acronyme étant en fait un ensemble de premières lettres que l'on prononce comme un mot (ovni par exemple). C'est un détail sans doute mais étant donné qu'il est rare de rencontrer ce terme, autant l'employer à bon escient.
Une autre faute énorme (et on est loin de l'étourderie ou de la faute de frappe) concerne cette fois le traducteur. Voilà qu'on nous agresse les yeux avec un horripilant "la gente masculine". Le mot "gente", orthographié ainsi, existe bien sûr, mais c'est alors le féminin de l'adjectif "gent", qui signifie "gentil". Dans l'expression dont il est question ici, il faut donc utiliser le nom féminin "gent" qui ne prend pas de "e" à la fin et qui signifie "espèce". Sans parler d'études littéraires approfondies ou d'un bagage culturel minimum, serait-ce trop demander aux traducteurs de songer à s'offrir au moins un dictionnaire ? Il ne faut pas s'étonner que la BD ne soit pas prise au sérieux dans certains milieux littéraires lorsque l'on constate à quel point la syntaxe est bafouée en son sein.
Un comic n'est ni un long roman bardé d'expressions complexes ni un traité de physique nucléaire, la moindre des choses serait tout de même d'accorder un certain respect aux mots que l'on manie. Le Net est déjà un nid à conneries, si maintenant même les livres se gorgent d'erreurs, où faudra-t-il aller chercher la forme juste et la connaissance ? Ce glissement vers la novlangue orwellienne et l'abêtissement qui en résulte est pour le moins préoccupant, tout comme la grande légèreté dans le travail dont font preuve certains.

Cette mise au point étant faite, il me reste donc à conseiller cette série à tous les lecteurs, qu'ils soient ou non porteurs du chromosome Y. Même si le graphisme ne risque pas de vous éblouir, l'histoire en elle-même est suffisamment haletante et originale pour pallier ce petit manque d'ambition.