27 juillet 2009

Freaks' Squeele : des héros et du talent

Une université pour apprendre le super-héroïsme, ça existe. Pour vous en convaincre, il suffit de lire les deux volumes de Freaks' Squeele, une BD tirant sur le manga et bourrée de références.

C'est la rentrée universitaire et Li Xiong Mao et Chance d'Estaing vont faire connaissance en se rendant compte qu'elles sont fort mal classées au concours d'admission de la Faculté d'Etude Académique des Héros. Les deux filles, délaissées par les autres étudiants, vont se retrouver dans le même groupe de travail avec le dernier du classement, Ombre, un énorme loup au coeur tendre.
Il va maintenant falloir se battre pour passer les différentes épreuves, résister aux mesquineries des élèves et même trouver où se loger après avoir respectivement été virés du campus, du studio et de la tanière où ils logeaient. Question pouvoirs, le trio n'est pas très bien loti. Chance peut voler mais se révèle d'un tempérament plutôt gaffeur, Ombre est costaud mais pas vraiment discret, quant à Xiong Mao, elle n'a aucun pouvoir et a été admise grâce à son excellent niveau en Histoire, gestion de l'image et stratégie, des matières qui comptent au sein de l'académie.
Entre les légendes urbaines, les petits tracas quotidiens et les épreuves concoctées par les professeurs, la vie universitaire va se révéler mouvementée.

Une librairie, on ne le dira jamais assez, est un endroit dangereux. L'on va y déambuler parce que l'on est en avance pour un rendez-vous, en se disant que de toute façon on a acheté tout ce qui pouvait être intéressant en cette période estivale, et on en ressort avec deux gros ouvrages sous le bras. C'est ce qui m'est arrivé lors de l'achat de Freaks' Squeele. Le thème, pour quelqu'un comme moi, était forcément attirant. Une fois feuilletées, les planches ont fini par me convaincre. Alors, achat impulsif, certes, mais ô combien jouissif au final !
Souvenez-vous, nous avions déjà fait un petit détour par les éditions Ankama pour parler du tome #0 de Mutafukaz. L'on retrouve ici le même soin apporté à la réalisation et la même originalité au niveau du sujet et de son traitement. Mais, surtout, un charme extraordinaire qui me fait immédiatement ranger cette série dans la catégorie Best Of, hop !

Le scénario, les dessins et la colorisation (en fait les volumes sont en niveaux de gris, seules quelques planches sont colorisées) sont l'oeuvre d'une seule et même personne, à savoir Florent Maudoux. Cet auteur réussit ici l'exploit non négligeable de mélanger de nombreux genres pour finalement obtenir une cohérence qui n'était pas gagnée d'avance. Les personnages tout d'abord. Ils ont des défauts, des secrets, ne réussissent pas tout ce qu'ils entreprennent, s'engueulent parfois, bref, ils ont largement ce qu'il faut pour que l'on puisse s'identifier à eux et les trouver attachants. Sur environ 130 planches pour chaque volume, ils ont d'ailleurs le temps d'être largement développés et approfondis. Le tout est fait avec humour et une touche, subtile mais présente, d'émotion. Le lecteur tombe sous le charme dès les premières pages et c'est en général un signe qui ne trompe pas.
Graphiquement, l'artiste emprunte quelques techniques propres au manga, comme ces tronches très exagérées, avec de larges bouches ouvertes, pour exprimer la surprise ou la colère, mais alterne avec un style plus réaliste sans que cela soit gênant. A ce sujet, Petit-Panda (le surnom de Xiong Mao) est particulièrement séduisante, surtout dans le tome #2 où ses apparitions "sérieuses" tranchent nettement avec les cases où elle est représentée de manière plus caricaturale. Pour ce qui est des décors, là encore selon les besoins du moment, ils peuvent être réduits au strict minimum ou se révéler détaillés et particulièrement beaux.

Alors, comme pour toutes les histoires, le point de départ peut être bon, il ne vaut pas grand-chose si la forme ne permet pas de rendre même les contraintes séduisantes. On l'a vu, les persos sont pour beaucoup dans la réussite de l'ensemble, mais il faut ajouter aussi une narration intelligente qui va mettre en place, petit à petit, plusieurs intrigues donnant envie de poursuivre la lecture avec acharnement. Florent Maudoux se permet également quelques clins d'oeil en direction des amateurs de comics, manga, films cultes ou nanars, toujours une bonne manière de mettre à l'aise le craintif animal qu'est le lecteur.
Ajoutez à cela une touche gentiment sexy et quelques trouvailles plutôt sympathiques, comme le Flamendo, art martial mélangeant Aikido, Tai Ji Quan et Flamenco (et calquant ses racines sur celles de la Capoeira), et vous vous approchez tout doucement de ce qu'il faut pour rendre un bouquin totalement addictif.

En plus de l'efficacité du dessin et de la maîtrise du récit, l'on peut encore ajouter, pour chaque tome, plusieurs pages de vrais bonus. Par "vrai", il faut comprendre intéressant et travaillé, autrement dit une véritable valeur ajoutée pour cette partie qui, toujours avec humour, va offrir des croquis, des précisions ou des scènes coupées.
Dans un jeu de baston, on ne serait pas loin du "perfect" tant Freaks' Squeele respire le travail et l'inspiration dans tous les domaines. Une véritable leçon pour ceux qui rêvent un jour de faire de la vraie bonne BD, bien française mais sans complexe et rivalisant avec les plus grands titres "populaires".

Quand c'est bon comme ça, les genres ne comptent plus. Que vous soyez fans de comics ou d'oeuvres nippones ou européennes, il est fort possible que vous trouviez ce que vous aimez dans cette série. Après tout, l'on n'est pas amoureux d'un label ou d'un style mais plutôt de cette magie qui fait qu'un peu d'encre sur du papier peut vous donner envie de sourire dans un monde de merde.
Et un sourire qui dure 130 planches, c'est toujours bon à prendre. ;o)

ps : j'ai oublié un truc, lorsque vous rangez vos deux tomes sur votre bibliothèque, vous vous rendez compte que le bas de la tranche forme une petite fresque. Alors, ok, c'est pas nouveau, mais quand même, c'est un détail qui ne trompe pas concernant le sérieux de l'éditeur, surtout lorsque l'on compare avec les tranches uniformes et laides d'un certain vendeur d'autocollants.
pps : il est question que la série comporte au moins 5 tomes voire plus si le succès est au rendez-vous. L'auteur parle même de possible spin-off, ce qui n'est pas étonnant vu la richesse de l'univers qu'il a mis en place.