24 août 2009

L'étrange périple des cousins Bone

La sortie du tome #7, colorisé, de la série Bone nous permet de faire un petit point sur cette saga mêlant humour, heroic fantasy, romance et drame.

Ils sont trois. Trois cousins chassés de Boneville à cause des malversations de Phoney, un arriviste grincheux prêt à tout pour quelques piécettes. Fone Bone, n'écoutant que sa gentillesse naturelle, n'a pu se résoudre à laisser le grippe-sou partir seul. Ils sont accompagnés par le troisième larron, Smiley, qui a toujours le sourire aux lèvres mais n'est pas bien malin.
Après s'être perdus dans le désert et avoir ensuite traversé de hautes montagnes, les voici arrivés dans une vallée dont ils ignorent tout, peuplée de bien singulières créatures. Il y a les bestioles, plutôt amicales, mais aussi ces saletés de rats-garous, dont la bêtise n'a d'égale que l'appétit. Et puis Fone va également découvrir la douce et belle Thorn, sans savoir que la jeune fille est menacée. Car le Sans-Visage a décidé de mener une vaste offensive et, surtout, le Seigneur des Criquets est de retour.
Pour les Bone, c'est le début d'une aventure extraordinaire qui leur fera découvrir l'amour, la guerre, quelques secrets et... les courses de vaches !

Si vous ne connaissez pas encore Bone, je vous envie presque car le meilleur est devant vous. J'ai moi-même mis un certain temps à m'intéresser à ces personnages au gros nez, un peu simplistes, avant de devenir complètement accro à cette oeuvre magistrale de Jeff Smith. L'auteur, qui signe scénario et dessin, sort le premier épisode, qu'il auto-édite, en 1991. Plus de 10 ans plus tard - et quelques prix prestigieux en poche - il met un terme à cette épopée qui, si elle se veut humoristique, prend le temps également de s'aventurer sur le terrain de l'émotion et du suspense.
C'est avec un talent peu commun que Smith nous plonge, dès les premières planches, dans son petit monde. Les personnages principaux sont vite cernés et deviennent bigrement attachants alors que nous découvrons avec eux les us des habitants de la vallée ainsi que la faune locale. Bien que les gags soient souvent présents, une trame sérieuse se dessine peu à peu. Fone découvre l'amour d'une manière naïve et attendrissante alors que la menace se concrétise au fil des tomes. Et si l'on finit par ne plus trop craindre ces gros idiots de rats-garous, le lecteur sent très vite que derrière eux, quelque chose de noir et malsain est tapi dans l'ombre.
Bien sûr les sources d'inspiration sont nombreuses, l'on peut voir si l'on y tient la trace de Tolkien ou Uncle Scrooge, mais Smith s'approprie suffisamment les mythes qu'il revisite pour que l'on parvienne aisément à oublier les références, volontaires ou non.

Pour ce qui est de l'aspect visuel, Jeff Smith mélange un dessin très cartoony avec des décors et personnages plus réalistes mais aux traits doux et charmeurs. La saga est publiée en France chez Delcourt. Il existe une première version, en noir & blanc, et une seconde (dont le tome #7 est sorti ce mois) colorisée. C'est sans conteste cette version en couleurs que je vous conseille. Le travail subtil et délicat de Steve Hamaker permet, dans la plupart des cas, de magnifier l'histoire et d'ajouter un vrai pouvoir de séduction supplémentaire à l'univers de Smith (voir à ce sujet les exemples à la fin de l'article). Belle manière de clouer le bec aux snobinards toujours prêts à se palucher sur de la grisaille sans pour autant comprendre si c'est une volonté artistique ou au contraire une contrainte économique ou liée à un délai de parution.
Attention cependant, pour ceux qui auraient déjà commencé à acheter les premiers tomes en N&B, les deux versions ne sont pas découpées de la même façon. La première comporte onze tomes alors que la version colorisée n'en comptera au final que neuf. Signalons que les livres en couleurs sont également dotés d'une carte de la vallée, absente des volumes N&B (certains contiennent même, plus anecdotiquement, des magnets en cadeau).

La traduction est bonne à part une énorme et irritante faute qui se trouve sur la première planche du premier tome. Si je vous dis "au temps pour moi", vous vous doutez un peu de la manière dont le traducteur a déformé cette expression... je ne vais pas en rajouter, j'ai tellement parlé de cette mauvaise habitude que ça va finir en running gag. ;o)

Une oeuvre drôle, tendre et passionnante. Du très grand art à la frontière de genres multiples.

Comparaison des différentes versions
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