13 octobre 2009

The Authority façon Ennis

Avec The Authority : Kev, un groupe de surhumains bien connu fait équipe avec un ex S.A.S. effectuant les basses besognes du gouvernement britannique. Une rencontre explosive maintenant disponible en librairie.

Kev Hawkins est un ancien des forces spéciales anglaises. Il en a été viré après qu'un haut fonctionnaire, dont il devait assurer la protection, se soit fait dévorer par un tigre. En pleine ville. Et dans une maison où il était en train de s'envoyer une prostituée. Depuis, Kev est affecté aux sales boulots. L'un d'entre eux est de supprimer les membres de Authority, une organisation qui s'est ingérée à plusieurs reprises dans les affaires des gouvernements du monde.
Ce que Kev ne sait pas, c'est qu'il devra bientôt faire équipe avec Midnighter et Apollo, les deux héros gay du groupe. Plutôt dangereux pour quelqu'un qui a l'habitude de proférer les pires propos homophobes.
Quant au tigre, il ressurgira dans la vie de Kev. Parce qu'il y a des types, comme ça, abonnés aux emmerdes...

Voici donc réunies deux des quatre mini-séries The Authority écrites par Garth Ennis (Punisher, Preacher, The Boys, La Pro, Just a Pilgrim) et mettant en scène l'attachant Kev. Le personnage est un pur produit "ennissien", à la fois paumé, désabusé, malchanceux et drôle.
Si The Authority : Kev présente le personnage dans les grandes lignes et donne le ton, c'est surtout The Authority : More Kev qui va mettre en scène les meilleurs moments de ce volume, dont la fameuse histoire du tigre. Et de l'orange. Et de la Guinness. Car, bien entendu, au milieu de la violence, des scènes de sexe et des jurons, Ennis fait preuve, comme à son habitude, d'une inventivité peu commune et d'un sens de l'humour acide et féroce. Le trio Kev/Midnighter/Apollo fonctionne à merveille et pourrait presque se décliner à l'infini tant l'opposition entre les protagonistes est source de moments exceptionnels.

Niveau dessin, c'est Glenn Fabry qui s'y colle. Ce n'est pas sa première collaboration avec Ennis puisqu'il a signé toutes les covers de Preacher. L'artiste contribue grandement à l'aspect comique de certaines scènes, avec notamment une large gamme de tronches et d'expressions irrésistibles (le bébé tigre est à lui seul une réussite). Pour ce qui est des éléments super-héroïques classiques ou des combats, Fabry s'en sort également fort bien.
Tout fonctionne donc parfaitement et est en plus accessible, même pour des lecteurs n'ayant jamais lu auparavant un seul épisode de la célèbre série Wildstorm. L'on peut passer un excellent moment en considérant ce recueil comme un pur divertissement bien déjanté ou encore en goûter l'amertume en prenant le temps de savourer la profonde détresse qui se cache derrière l'exubérance des personnages. Comme souvent, Ennis dépeint ce qu'il y a de plus ignoble mais aussi de plus attendrissant dans l'homme, sans jamais édulcorer le pire ni même le dénaturer, car si la forme est outrancière, le fond reste d'une grande subtilité en comparaison des propos caricaturaux de certains auteurs qui enfoncent toujours les clous les plus évidents en pensant qu'ils sont les premiers à manier un marteau.

C'est drôle, ça cogne dur, c'est bien dialogué et intelligent sans être prétentieux.
Difficile de passer à côté.