25 novembre 2009

Black Summer : jusqu'où peut-on aller au nom du Bien ?

Le nouveau titre de Warren Ellis arrive enfin en VF et est présenté comme étant dans la lignée de Watchmen. Voyons tout de suite si Black Summer supporte la comparaison.

John Horus vient d'assassiner le président des Etats-Unis. Parce qu'il a jugé que sa politique était indigne, il a froidement tué un élu du peuple et a revendiqué son acte devant les media. Maintenant, il pose ses conditions. Il réclame notamment de nouvelles élections dont il garantira le bon déroulement. Partout dans le pays, c'est le choc. L'armée est mobilisée et investit les rues.
Pour les autres membres du groupe dont Horus faisait partie, les Sept Armes, la surprise est également totale. A cause des agissements de l'un des leurs, les services secrets veulent maintenant leur peau à tous. Car ces hommes et femmes qui ont été "augmentés" représentent une menace réelle.
Pour se défendre, les héros sont obligés de tuer des soldats américains. Dans un monde devenu fou, les plus puissants protecteurs de la société la mettent maintenant en péril. Parce que l'un d'entre eux a décidé qu'il était temps de changer les choses. De l'intérieur....

Voilà donc la fameuse mini-série, précédée d'une réputation quelque peu sulfureuse, qui débarque en France chez Milady. Le scénariste est Warren Ellis (Fell, Nextwave, New Universal, Transmetropolitan, Iron Man, Ministry of Space), les dessins sont l'oeuvre de Juan Jose Ryp. On commence par une petite digression concernant la quatrième de couverture. On peut en effet y lire une bien étrange affirmation : "si vous avez aimé Watchmen, vous aimerez Black Summer." Mouais. Je ne vois pas trop pourquoi ce serait automatique mais, surtout, je continue à penser que le procédé qui consiste à se servir d'une oeuvre pour faire la promotion d'une autre est contre-productif et révélateur ou d'un manque d'imagination du rédacteur ou, plus grave, d'une pauvreté de l'oeuvre en question.
Vous avez aimé boire de l'orangina ? Vous aimerez le coca-cola !
Ben non, pas forcément. C'est pas parce qu'il y a des bulles dans les deux que le goût est identique.
Mais revenons à l'essentiel.

Le récit démarre très rapidement et Ellis et Ryp ne se contentent pas de peu puisque c'est plus à un carnage qu'à une exécution que l'on assiste. L'on va découvrir ensuite, à coups de flashback, une partie du passé de ces justiciers "augmentés". Bien que plus puissants que l'individu lambda, ceux-ci ne sont tout de même pas invincibles. Certains sont morts, d'autres handicapés et sévèrement déprimés. Voilà qui permet d'entrée de leur donner une dimension humaine malgré leurs pouvoirs.
Tous ne bénéficient pas malheureusement du même traitement et certains personnages vont être cantonnés à de la quasi figuration.
Pour ce qui est des thèmes abordés par Ellis, ils sont plus complexes qu'il n'y paraît. Même si la légitimité de l'action occidentale en Irak est évoquée, l'auteur va bien plus loin qu'une simple prise de position personnelle et s'interroge sur les moyens que l'on peut mettre en oeuvre pour s'opposer à un gouvernement ou une idée. John Horus, en franchissant toutes les limites morales, incarne parfaitement l'étrange paradoxe du crime perpétré au nom du Bien censé pourtant condamner les actions violentes. Au final, comme l'on pouvait le craindre, personne ne gagne vraiment et le constat est amer. Pourtant, on reste un peu sur sa faim. Sans doute parce que le mélange "super-héros + politique" est trop courant aujourd'hui pour surprendre vraiment, un peu aussi peut-être à cause du background de certains protagonistes, réduit au strict minimum.

Visuellement, c'est souvent très beau. Un grand soin a été apporté aux planches, peut-être même trop. Ryp utilise un style très chargé, fourmillant de détails, ce qui surcharge parfois certaines cases et nuit à la lisibilité. Bon, rien de bien méchant non plus, m'enfin, avec un peu de fioritures en moins, tout cela aurait été plus agréable. Signalons également que les effets gore et le sang sont très présents d'une manière générale. On a vu pire mais autant prévenir les plus jeunes (ou plutôt les parents) car aucun avertissement ne figure sur le comic.
On trouve en bonus la galerie des couvertures. Celles-ci s'étalant pour la plupart sur deux pages, cela fait tout de même 14 planches supplémentaires. Le prix de ce livre plutôt épais reste quant à lui très raisonnable (14,90 euros).

Une saga qui mérite que l'on s'y intéresse mais dont on ne gardera pas un souvenir impérissable.