07 décembre 2009

Le Frankenstein de Dean Koontz en comics

Le premier volume de Frankenstein : Prodigal Son vient de sortir en VF. L'univers de Koontz est-il aisément déclinable en BD ? La réponse, tout de suite.

New Orleans. Une série de meurtres horribles secoue la ville. Des cadavres sont retrouvés amputés de certains membres ou organes. Des pieds, des oreilles, un foie, des reins... l'assassin semble se livrer à un macabre jeu de puzzle humain.
Les inspecteurs Carson O'Connor et Michael Maddison sont sur la piste du serial-killer maintenant surnommé le "chirurgien" dans les media. Ils vont croiser la route d'un étrange type au corps bardé de cicatrices. Il dit s'appeler Deucalion. Il est le résultat d'une lointaine expérience. Le produit maudit d'une arrogante utopie qui a tourné au drame. D'autres sont comme lui en ville. Des êtres sans âme, créés par la science, sans l'accord de Dieu. Des monstres supposés parfaits qui attendent en souffrant l'heure de la délivrance.
L'un d'entre eux a décidé de se mettre en quête de ce qui lui manque le plus : une humanité qu'il cherche au plus profond des corps.

Commençons par dire un mot sur Dean Koontz. Pour ceux qui n'en auraient jamais entendu parler, il s'agit en fait d'une sorte de Stephen King en moins connu (chez nous en tout cas). Les deux écrivains partagent le même goût pour le surnaturel, le suspense et les personnages attachants. Koontz étant particulièrement prolifique, je n'ai pas lu toute son oeuvre, néanmoins si l'envie vous prend de vous attaquer à quelques-uns de ces romans, je conseillerais Spectres (Phantoms), massacré lors de son portage sur grand écran, ou encore Le Rideau des Ténèbres (Darkfall), deux titres à l'ambiance sombre et horrifique. Plus orienté polar, La Nuit des Cafards (Whispers) contient quelques scènes magistrales. Dans un autre genre, l'on peut également se laisser tenter par l'émouvant Chasse à Mort (Watchers) dont l'un des personnages principaux est... un chien. Certaines oeuvres plus anciennes sont moins maîtrisées sur le plan narratif mais explorent des thèmes intéressants, comme La Peste Grise (Night Chills) qui s'intéresse au contrôle absolu de la population grâce à un savant mélange de drogues et d'images subliminales.

Bref, y'a de quoi vous occuper et à bas prix vu que tout cela est disponible en poche.
Mais revenons à ce qui nous intéresse ici, le mythe de Frankenstein revisité par Koontz.
L'adaptation est signée Chuck Dixon (Freddy, les Griffes de la Nuit) pour ce qui est du scénario. N'ayant pas lu les romans originaux, je ne peux juger de la fidélité de la transposition. L'histoire est en tout cas ici parfois un peu confuse. Les scènes s'enchaînent sans grande logique et les personnages ne sont souvent que très succinctement posés. Du coup, l'on perd un peu l'aspect viscéral de l'écriture de Koontz et cette proximité pourtant essentielle entre le lecteur et les protagonistes.
Le côté artificiel et froid de l'ensemble empêche frisson et empathie, deux éléments indispensables dans ce genre d'histoires. L'on finit par se demander si le choix de ce Frankenstein était bien le meilleur pour une telle adaptation. Si l'on compare avec les précédents essais concernant Stephen King, l'absence de la plume du maître a été largement compensée par des sagas puissantes et riches, à la dimension universelle (Dark Tower ou The Stand). Prodigal Son ne bénéficiant pas de ce souffle épique, ni d'une narration particulièrement brillante, les planches finissent par ne laisser filtrer aucune émotion.

D'un point de vue graphique, le style est très particulier. Les dessins ont été confié à Brett Booth qui visiblement est un fan du regretté Michael Turner. Pas trop ma tasse de thé, m'enfin, il faut reconnaître que ce n'est pas non plus hideux. Par contre, le côté lisse rajoute encore à l'involontaire effet glacial et impersonnel, d'autant que l'impression de déjà-vu n'aide pas beaucoup l'héroïne dans sa quête désespérée de charisme. Et je ne parle même pas de son collègue à la personnalité inexistante.
Tout cela donne un résultat franchement moyen. Le Koontz sur la cover est alléchant mais l'on est loin de retrouver la patte de l'auteur derrière ce truc fade et sans âme.
On peut néanmoins se consoler avec le prix, modique, et des bonus comprenant une galerie de crayonnés et un petit épisode supplémentaire de onze planches. Reste à savoir si des pages en plus sont un réel bonus lorsqu'elles sont aussi pauvres.

Du Koontz expurgé de ce qui fait l'essentiel de son intérêt. Un comic qui n'a de fantastique que le genre.