18 janvier 2010

Identity Crisis : Les Familles en Danger

La saga Identity Crisis est rééditée ce mois en DC Deluxe, une bonne occasion de se replonger sur ce drame touchant la Justice League of America.

Elastic Man est un héros. Mais c'est aussi le plus heureux des hommes depuis que Sue est devenue sa femme. Alors qu'elle a rencontré les plus grands, côtoyé Superman, Flash ou Batman, c'est lui qu'elle a choisi. Elle est sa "lady", toujours prête à lui concocter quelques surprises qu'il fait semblant de découvrir. Mais un soir un drame survient. Sue est assassinée alors que son détective de mari était loin de la maison familiale.
Tuer un Masque est une chose. S'en prendre aux familles en est une autre. Toutes les équipes se mettent en chasse pour trouver le responsable.
Lors de l'enquête, un terrible secret est découvert. Par le passé, certains membres de la JLA ont lobotomisé le Dr Light, un ennemi qui avait violé Sue et menaçait les proches des héros. Il se pourrait donc que le meurtre soit une vengeance.
Alors que l'étau se resserre autour de Light, d'autres secrets seront dévoilés, menaçant de faire exploser la JLA. Les attaques, elles, continuent. L'ex femme d'Atom est agressée, Lois Lane menacée... cette fois, la JLA se bat pour protéger les siens.

J'avoue avoir longuement hésité avant de me procurer ce Deluxe. Je ne suis pas vraiment un spécialiste de l'univers héroïque traditionnel de DC et les rares fois où j'ai eu l'occasion de m'y frotter un peu, j'avais été plutôt déçu (à part pour des récits hors continuité comme Batman : The Long Halloween ou Superman : For All Seasons). Eh bien je ne regrette pas l'investissement (certes conséquent) car ce récit est une pure merveille. Et en plus, il se révèle accessible, même lorsque l'on ne connaît pas parfaitement les nombreux personnages secondaires dont il est question ici.
Le scénario de Brad Meltzer est un modèle du genre. Cette histoire policière remarquablement bien ficelée, avec de jolies fausses pistes, est, comme le dit Joss Whedon dans son intro, particulièrement humaine. Elastic Man - pourtant pas le plus charismatique personnage DC - s'avère touchant. L'enterrement de Sue Dibny est déchirant. Le final, à la fois simple et tragique, encore plus. Bref, beaucoup d'émotion et une grande profondeur se dégagent de scènes parfois très dures. Surtout, l'on rentre avec une grande facilité dans l'intimité de ces encapés qui subissent des pertes ou s'inquiètent pour un père, une épouse ou un fils.

Si l'ambiance générale n'est pas forcément à la grosse déconne, l'auteur se permet quelques petites touches d'humour entre les crises de larmes. Et là encore, ça fonctionne plutôt bien. Notons également que les dialogues sont souvent très bons.
Graphiquement, c'est du très beau avec un Ralph "Rags" Morales nous livrant des planches magnifiques dans un style réaliste. On peut éventuellement émettre une très légère réserve sur certains visages qui se ressemblent parfois un peu, mais bon je chipote. La colorisation d'Alex Sinclair est, elle aussi, une réussite.
Pour le reste ben... c'est du Panini. Autrement dit la traduction est confiée à une illettrée qui nous fout du "ç'a" à tout bout de champ, comme dans "ç'a bien trop duré". Putain mais qui parle comme ça ? Même à l'oral, je n'ai jamais entendu un truc pareil. Dans un autre registre, l'éditeur nous présente la collection (sur le replis de la jaquette) comme prestigieuse et, surtout, précise que "chaque album accueille un récit complet accompagné de bonus et des covers". Déjà les bonus, vous pouvez toujours chercher, y'en a pas. Et pour la galerie de covers variant, les vendeurs d'autocollants poussent la pingrerie jusqu'à en mettre quatre par page. Donc elles sont minuscules. Ah ben des bonus comme ça, ça fait plaisir hein. Trois planches de machins réduits pour gagner de la place, c'est plus du prestige, c'est Byzance ! Si un jour vous êtes invité à un "festin de roi" chez Panini, surtout évitez de vous couper l'appétit avant d'y aller, ça serait trop con de ne pas pouvoir finir votre biscotte à la Vache qui Rit.

Une excellente histoire, profondément humaine et permettant de rentrer dans l'univers DC avec une étonnante facilité.
Très vivement conseillé.

"La famille est un ensemble de gens qui se défendent en bloc et s'attaquent en particulier."
Diane de Beausacq (je choisis une citation de cette femme de lettres non seulement parce qu'elle s'adapte particulièrement au récit développé dans Identity Crisis mais également parce qu'elle est à l'origine d'un autre aphorisme, employé dans l'histoire par Green Arrow. Des Masques qui citent Beausacq, c'est pas tous les jours, autant le préciser donc puisque ce n'est pas fait dans l'ouvrage)