10 avril 2010

French Comics : Vampire Hunters Brigades

Une uchronie mélangeant science-fiction et fantastique, réalisée par des artistes français, cela donne VHB, ou Vampire Hunters Brigades. Tout de suite, découverte des quatre premiers numéros.

En une nuit, dans les années 30, le destin de l'humanité bascule. Les peuples de l'ombre, jusque là cachés, se dévoilent. Vampires, lycanthropes et autres goules voient leurs pouvoirs décupler et s'invitent sur le territoire des hommes...
Un siècle plus tard, en 2053, il ne subsiste des Etats-Unis que New New Orleans, surnommée N²O. Ce qui reste de l'humanité tente de cohabiter avec les monstres qui ont failli causer sa perte. Pour s'occuper des affaires impliquant dentus, lyc' et créatures étranges, le gouvernement a créé les Vampire Hunters Brigades, une police spéciale, équipée de matériel high-tech.
Les hommes et femmes des VHB côtoient la mort. Presque chaque nuit, ils risquent leur vie en intervenant dans les ténèbres. Entre deux missions, les membres de l'unité Chromes se retrouvent au Black Velvet's Pub. Enzo, Ice, Grade et leurs collègues tentent d'oublier que la folie est devenue une routine et que certains frères d'armes ne sont plus là pour boire un verre avec eux. Sous leurs armures impressionnantes, ces soldats d'élite sont encore humains...

Attention, voilà une série qui fait mal, et dans le bon sens du terme. VHB est édité par Phylactères, une association lorraine regroupant de nombreux artistes. Sur ce titre, scénarisé par Lokorst, l'on retrouve plusieurs dessinateurs dont Santos, David Bulle, Asid, Jim'Hai, Damien Malglaive, El Théo, Philippe Haderer, Guillaume Matthias, Rom_1, Frantz Pétard, Pierre Minne (Le Patrouilleur) ou encore Goblin. Autant de monde suppose bien entendu des styles graphiques fort différents, parfois réalistes, d'autres fois plus cartoony, mais toujours très agréables à l'oeil. Un grand soin a été apporté à l'ensemble, que ce soit pour les décors, le design des armures ou encore certains effets permettant de créer des ambiances particulières.
L'univers décrit est vite crédible et original. Si sur quelques aspects, le monde de 2053 a bien évolué, il existe néanmoins des différences avec notre propre univers, liées aux évènements des années 30. L'Homme n'a par exemple jamais marché sur la Lune et la télévision, si elle existe bien, est limitée à des fins militaires.

Chaque volume est composé de chapitres regroupés par thème. En effet, la série n'étant pas régulière pour des raisons d'ordre pratique (financement, organisation de la production nécessitant de nombreux intervenants), il était difficile de proposer aux lecteurs de classiques épisodes à suivre. C'est donc une organisation thématique qui a été décidée : un numéro va se pencher sur les monstres, un autre sera consacré à ce que font les Hunters entre deux missions, etc. Toutefois, une frise chronologique présente à partir du troisième tome permet de situer les chapitres dans le temps et donc de les relire dans l'ordre. Ou comment transformer intelligemment une contrainte éditoriale en une possibilité de découvrir deux modes de lecture différents.

Dès les premières pages, l'auteur donne le ton. Il ne s'agit pas d'un univers manichéen avec les méchants vampires d'un côté et les gentils flics de l'autre. Certains "monstres" ont des attitudes et motivations bien humaines. L'on découvre également peu à peu les personnages principaux, des êtres rudes, peu habitués à se livrer, mais qui deviennent vite attachants. Lokorst va d'ailleurs alterner des moments dramatiques, fort bien mis en scène, et d'autres plus humoristiques, notamment avec la division scientifique de la police qui, à N²O, n'a pas grand-chose à faire et se retrouve parfois chargée de tâches bien ingrates. ;o)
Outre cette construction par petites touches des protagonistes que l'on est amené à suivre régulièrement, une intrigue plus vaste se met également en place. Celle-ci, au coeur de la première saison de VHB, devrait s'étaler sur 12 numéros. Chacun d'entre eux coûte 4 euros, pour 35 pages.

Une narration très habile, un univers cohérent, de belles planches, de bons dialogues (sans fautes en plus !), tout cela donne un vrai plaisir de lecture et une série à qui il ne manque qu'une notoriété à la hauteur de sa qualité. Autrement dit, très grande.


Le site de l'association Phylactères : OuaisWeb

Quelques exemples des différents styles graphiques rencontrés dans VHB