12 mai 2010

Wildstorm Deluxe - The Authority : honteuse édition

Sortie aujourd'hui du premier Wildstorm Deluxe consacré à la série culte The Authority. Au programme, du très bon et les panineries habituelles.

Apollo, le roi du soleil, Midnighter, le guerrier de la nuit, Jack Hawksmoor, le dieu des villes, le Docteur, shaman d'une tribu à l'échelle mondiale, Swift, la chasseuse ailée, l'Ingénieur, créatrice au sang remplacé par cinq litres de machinerie liquide, et Jenny Sparks, "l'esprit du vingtième siècle", forment The Authority. Le groupe de surhumains intervient lorsque des dangers exceptionnels menacent la terre. A partir du Porteur, un vaisseau vivant, présent dans plusieurs réalités, ils sont capables de se téléporter n'importe où grâce à un système de Portes.
Ils sont puissants. Déterminés. Et bien décidés non seulement à protéger le monde mais à le changer.
Les premières missions s'enchaînent. De terroristes venus de l'île de Gamorra à une invasion déclenchée par la perfide Albion d'une terre parallèle, l'équipe aura largement de quoi prouver sa valeur. Bientôt, elle devra affronter une entité gigantesque venue du fond des âges pour récupérer sa petite résidence douillette : la terre.
Peu à peu, les gouvernements vont se rendre compte qu'ils sont maintenant surclassés par ce qu'il est convenu d'appeler... une autorité supérieure.

Il faut distinguer deux aspects très différents pour cet ouvrage. D'une part la série, excellente, et d'autre part l'édition proposée par Panini, désastreuse. Commençons par le bon côté. L'on retrouve Warren Ellis (Fell, Ocean, Nextwave, Transmetropolitan, New Universal, Black Summer) au scénario et un Bryan Hitch en grande forme aux dessins.
La série se veut une sorte de récit super-héroïque débarrassé du politiquement correct, ce qui est tout à fait réussi. Les auteurs bousculent un peu les codes du genre, notamment en présentant des surhumains qui, loin de se contenter de jouer les redresseurs de torts, vont s'ingérer dans les affaires intérieures de pays qui n'en demandaient pas tant. L'aspect transgressif est également renforcé par la violence présente parfois de manière très crue, avec têtes explosées et viscères apparentes. Enfin, le fait que deux des héros principaux soient homosexuels, même si ce n'est pas un cas isolé dans les comics, reste tout de même assez osé, d'autant qu'ils font énormément penser à Superman et Batman.
Si les planches sont souvent magnifiques, que ce soit les décors des villes ou les paysages spatiaux, l'écriture est également d'une grande qualité. La poésie côtoie la métaphysique lors des descriptions des plans supérieurs. Ellis décrira par exemple le Porteur naviguant "sur les océans de l'espace des idées, pendant la saison des pontes, derrière un banc de poissons-obsessions." Des concepts qui pourraient vite tourner au ridicule mais qui sont ici fort bien dosés. Si l'on ajoute à cela d'excellents dialogues, d'où n'est pas absent un certain humour, et une originalité qui va se nicher jusque dans la magie du Docteur, l'on peut sans crainte affirmer que l'on est en face d'une référence en matière de justiciers en spandex.

Mais, comme nous ne vivons pas dans un monde parfait, cette magnifique série est tombée dans le giron des vendeurs d'autocollants. Alors, sur la quatrième de couverture, Panini annonce que ce Deluxe "regorge de suppléments exclusifs, avec des documents fournis par toute l'équipe artistique." Impossible de vérifier avant l'achat puisque le livre est vendu sous blister. Quant à ces fameux bonus, ils correspondent à seulement... 4 pages. Allez, 6 si l'on compte le petit topo sur les auteurs, écrit en gros caractères gras pour pouvoir prendre le plus de place possible. Vraiment minable comme procédé.
Pour ce qui est du reste, l'on a une postface de Hitch, une cover non utilisée, et, sur les deux autres pages, une planche avec le découpage des différentes couches employées par Hitch pour arriver au résultat final.
Ah ben ça "regorge" bien hein ? Ça "regorge" peut-être même trop, faudrait voir à pas verser dans l'excès.
Attendez, il y a pire. Alors que les anciens tomes parus chez Soleil présentaient (en plus d'une taille plus grande pour les planches) des fiches de personnages et un résumé concernant Stormwatch et les évènements précédant ces épisodes, les sbires de Panini ne proposent, eux, rien de tout cela. La version "normale" d'un éditeur correct contenait donc plus d'infos que la version "luxe" des incapables chroniques...
Du coup, l'on est bien en peine de digérer les 30 euros dont on doit se délester pour du matériel ancien que l'on nous balance à la gueule avec certes des boniments mais sans aucune valeur ajoutée.
Dans les points positifs, reste la traduction, de bonne qualité, et la hardcover qui, contrairement aux Deluxe Marvel, bénéficie d'une illustration. Un peu léger tout de même dans la balance.

Une excellente série rééditée par des margoulins.