20 septembre 2010

Preacher : l'Enfer vient avec Lui

Le plus déjanté et le plus cool révérend des Etats-Unis fait son retour dans le huitième opus de Preacher. Attention, Ennis inside !

Après s'être un peu mis au vert, Jesse Custer décide enfin de retrouver Tulip, son ancienne petite amie qui, le croyant mort, s'est jetée dans les bras de Cassidy, un vampire toxicomane et quelque peu escroc sur les bords. Pas tout à fait le compagnon idéal donc.
Et en effet, sous son influence, Tulip, naguère pourtant forte et joyeuse, connaît une descente aux enfers abominable. La belle et énergique jeune femme est devenue une junkie sans volonté... jusqu'au jour où un dernier sursaut d'orgueil la fait se ressaisir.
De son côté, le toujours très colérique archipère Starr connaît de nouveaux déboires. Le Graal, organisation dont il est maintenant à la tête, a décidé d'enquêter sur ses méthodes jugées trop expéditives et surtout très "voyantes".
D'un côté comme de l'autre, les flingues vont encore parler.

L'on se rapproche tout doucement de la fin de cette série exceptionnelle avec ce huitième tome. Le scénario est de Garth Ennis, les dessins sont de Steve Dillon. Si vous ne connaissez pas Dillon, sachez qu'il est loin d'avoir un style convaincant. Les décors sont souvent minimalistes et, surtout, les visages se ressemblent tous. Mais pas de panique, ce n'est pas laid non plus et l'on est tellement pris par l'histoire que l'on finit par passer outre ces petites imperfections.
Justement, venons-en au récit en lui-même. Custer a donc quitté Salvation (cf Preacher #7) et se met en devoir de retrouver son grand amour. Cela nous donnera l'occasion d'en apprendre plus sur l'enfance de Tulip. Un grand moment puisqu'Ennis parvient à nous faire croire qu'il va charger la mule, comme à son habitude, alors qu'il opte finalement pour une approche étonnamment douce et tendre. Jusqu'à la petite surprise finale, bien entendu. L'auteur nous plonge également dans le passé de Cassidy en suivant un Custer qui tente de découvrir qui est réellement celui qu'il pensait être son ami. Là encore, sous la violence et la crasse, se cachent quelques moments d'une grande émotion, notamment grâce à une clocharde assez repoussante au départ mais qui, sous la plume d'Ennis, finit par très subtilement passer du statut d'épave à celui d'une brave fille égratignée par la vie et les imbéciles. Du grand art.

Evidemment, pour cacher sa sensibilité extrême, ce grand fourbe d'Ennis va comme à son habitude nous livrer une bonne dose de sexe, de violence et d'humour. Dans le genre, pratiquement chaque apparition de Starr est à mourir de rire. La plupart de ses répliques, cyniques et acides au possible, tapent juste. Dans un autre registre, l'émission de radio qui prend un cours très spécial après le coup de fil de Custer est aussi un grand moment. ;o)
Autre scène à signaler, la référence de nouveau à un abattoir dégueulasse (où les mecs fument au-dessus de la viande ou pissent dans les coins). Ce qui est presque maintenant un leitmotiv pouvait se retrouver dans le dernier tome mais aussi dans la série 303. Ce rapport cradingue avec la viande finit par devenir assez curieux...
Enfin, pour l'anecdote, une énorme caricature de français apparaît dans ces épisodes. Alors, d'habitude, je dois dire que lorsqu'un auteur tape sur les franchouilleux, c'est un pur bonheur pour moi (c'est tellement mérité !), mais ici, le trait est tout de même très (trop ?) appuyé. Le gars est obèse, obsédé par la bouffe, arrogant au possible, il porte béret et noeud papillon, et son nom est... Napoléon Vichy ! Ah, il s'est lâché l'ami Garth. Bon, ceci dit, dans un monde frileux où le moindre propos est déformé et fait hurler les bien-pensants et les ignorants, un bon portrait au vitriol de temps en temps peut avoir aussi un côté salutaire. Et même jouissif avec un peu de recul.

Précisons que Panini a intégré, au début de l'ouvrage, un résumé des épisodes précédents et une petite présentation des personnages. C'est tout à fait normal, mais venant d'eux, on a presque envie de sortir le champagne et les petits fours.

Une série libre, inspirée et, sous des dehors cyniques, terriblement humaine.
Totalement indispensable.