13 mars 2011

Le Dôme de Stephen King, adapté par des Cônes

Pas de comics aujourd'hui mais un roman. Un long roman d'un auteur génial, adapté par des couillons. Et pour une fois, Panini n'y est pour rien.

Ceux qui connaissent le Girls des frères Luna pourront trouver une similitude, au moins au départ, dans ce long récit du Maître. Je l'appelle ainsi car il est mon "senseï" de plume. Non pas que je vénère l'horreur ou le fantastique, mais simplement que je considère que sa manière d'écrire ses personnages est phénoménale. Stephen King est capable, en trois lignes, de donner de l'épaisseur à un type, de nous intéresser au destin d'une inconnue, de rendre crédible des illusions de papier. Il me fascinait quand j'avais 12 ans, il m'impressionne toujours, à l'aube de mon 39ème anniversaire. Et si je noircis du papier à l'heure actuelle, c'est grâce à lui. A d'autres aussi, sans doute, mais fondamentalement, c'est lui qui m'a toujours poussé, c'est en lui que je me reconnais... et je lui dois non mes plus grandes frayeurs mais mes plus beaux moments de lecture.
Forcément, quand un nouveau récit signé King débarque en librairie, je me jette dessus. Voyons un peu l'intrigue.

Dale Barbara est un brave type. Un brave type qui s'est attiré, dans la petite ville de Chester's Mill, l'hostilité du deuxième conseiller, "Big Jim" Rennie. Et parce que Dale est aussi malin qu'intelligent, il décide de quitter la ville. Sauf que, malheureusement, plus personne ne peut quitter la petite bourgade. Parce qu'un champ de force, invisible mais bien réel, vient de changer la donne. Il y a maintenant l'extérieur, le vaste monde, et Chester's Mill, sous le dôme.
La situation est déjà désagréable en soi, mais elle va vite virer au tragique. Il suffit que le pacemaker du chef de la police explose pour que tout soit bouleversé. Un petit politicien, aussi néfaste qu'ambitieux, va trouver là l'occasion de resserrer son emprise sur la ville. Il va attiser la peur, embaucher des incapables pour assurer la sécurité et, au final, se révéler un apprenti-dictateur, intouchable car préservé par une bulle providentielle.

Que dire ? Sur le fond, c'est passionnant. Je dirais même que ça s'avale comme des céréales avec de vrais morceaux de fruits à l'intérieur. Rien de mauvais pour vous ! Sur la forme, ceux qui connaissent le King savent à quoi s'attendre. On est caressé, taquiné, puis malmené avant, enfin, de ressortir essoré, fatigué même d'être passé par tout le putain de spectre des émotions. Par contre... la traduction est infecte.
Je dois dire que j'ai rarement vu ça chez un "grand" éditeur adaptant un "grand" écrivain. Tout y passe. Coquilles, fautes "volontaires" (par ignorance), manque d'adaptation et même opinions personnelles du traducteur en note, l'on a droit à un festival. Et c'est vraiment pénible car, forcément, toutes ces aspérités irritent les mains qui tournent les pages et les yeux qui les lèchent. Tout cela contribue à faire sortir le lecteur de sa lecture, ce qui est probablement le pire effet que peut produire une "adaptation", qui est ici paninisée, sans même une relecture. Et, surtout, sans même un peu de bon sens. Des exemples ? Ok, c'est pas ça qui manque. Un steak "médium" ("à point" en gros), qui est évidemment une expression connue chez nos amis américains, ou anglais, mais qui, chez nous, n'a pas lieu d'être et qui est ici utilisée de manière appuyée. Attention, ce n'est rien, l'on va avoir des "ç'a" (au lieu de "ça a" ou "cela a") à foison, ainsi qu'un nombre assez ahurissant de coquilles (des adjectifs disparaissent ou des termes impropres surgissent au milieu d'une phrase), bref, on monte dans les tours. Le mieux, c'est encore une note de bas de page expliquant le crash-a-rama. Voilà la définition : "version moderne, en plus répugnant encore, des courses de stock-cars". Ah ben, ils sont rock n'roll chez Albin Michel de nos jours ! "En plus répugnant" ? Une course de stock-car, ça y'est, dans la France soviétique actuelle, c'est considéré comme "répugnant" ! Wow ! A quand les notes de bas de pages nous traitant de connards quand on chasse ou si on possède un 4x4 ? Ils sont bien barrés chez Albin Michel... (on fait du pognon parce que le King, ça fait du chiffre, mais on s'emmerde pas avec la qualité et on laisse les trados balancer leurs opinions à la con !)
Pfiouuuu...

Je ne peux pas décemment déconseiller cette lecture, parce que lire est une bonne démarche et parce que lire du Stephen King est une démarche encore meilleure. Mais, et ce putain de "mais" est important, cette traduction est une véritable Merde. Avec un M majuscule et pour de multiples raisons qui tiennent même parfois à une incompréhension crasse ("Apollo Creed" est employé comme s'il s'agissait d'un stade et non d'un homme, le "Food City", qui est un magasin, est désigné indifféremment comme une ville ou un supermarché ("à Food City", "au Food City")), bon, ok, c'est 1200 pages d'un texte dense et non une BD, mais, au nom du Ciel, POURQUOI ?! Pourquoi laisser des incompétents saccager ainsi les textes de bons auteurs ? C'est fini ? On se branle de tout, c'est ça ?
Pffff... c'est vraiment pénible comme sensation. Je ne suis pas désespéré, parce que j'écris moi-même, parce que je peux me passer des traductions françaises, parce que je connais un tas de gens aussi qui bossent sérieusement et qui sont à leur place dans le maniement des mots, mais, ce soir, j'en ai aussi un peu plein le cul. C'est pas "bien" dit, mais c'est dit.
Si même Le Roi s'écroule, asphyxié par les Jokers franchouilleux, à quoi bon ?

Les temps sont à l'apprentissage de l'anglais. Ou à l'arrivée, chez les éditeurs, de types capables de relire un texte et d'en déceler les défauts. En attendant, les francophones qui lisent encore devront se contenter de livres au rabais destinés à la plèbe*.


* Plèbe : ensemble des connards qui paient au prix fort des romans ou BD traduits à la va-vite par des incapables qui ne comprennent rien aux Mots et au Papier.