23 septembre 2011

Crossed : suite et fin

Les contaminés reviennent pour terminer le carnage dans le deuxième tome de Crossed.

Stan, Cindy et leur petit groupe continuent leur route vers l'Alaska et son supposé havre de paix. Après les Rocheuses, c'est maintenant le désert du Nevada qu'il va leur falloir traverser. Le voyage risque de ne pas être vraiment une partie de plaisir, d'autant qu'un groupe de contaminés les suit avec une étrange régularité. Ces derniers semblent en effet plus intelligents, mieux organisés que leurs collègues dégénérés.
Dans un monde ravagé, où les pires cauchemars sont devenus réalité, le Nord et ses étendues sauvages demeurent le seul espoir. Un espoir mince, fragile, mais auquel il faut s'accrocher pour trouver la force de fuir. Encore et encore.

Après un premier tome violent et tendu, Crossed se termine déjà, le massacre étant toujours orchestré par Garth Ennis (au scénario) et Jacen Burrows (aux dessins).
L'auteur nous dévoile un peu plus le passé des personnages, souvent au travers de scènes atroces. Malgré le fait que ces dernières soient légion, ce bougre d'Ennis parvient tout de même à être surprenant et à ménager certaines surprises (un coming out totalement inattendu par exemple). La violence est bien sûr omniprésente mais, au contraire de ce qu'a pu faire un Millar sur le récent Nemesis, elle est ici contrebalancée par de petites touches d'humour noir et une véritable réflexion sur la nature de l'Homme. Autrement dit, elle est au centre d'un vrai projet, pensé et bien écrit. 

Burrows, quant à lui, livre ici des planches de bonne qualité, avec des contaminés toujours aussi impressionnants et certains moments (certes rares) de pure poésie, comme cette rencontre, de nuit, avec une meute de loups. Une rencontre loin d'être innocente lorsque l'on connaît l'organisation sociale d'une meute. Bien que hiérarchisée, une rare solidarité, une véritable liberté et une incroyable compassion s'y développent. Les louveteaux sont élevés et protégés par l'ensemble de la meute, les membres d'un clan jouent et chassent ensemble mais demeurent libre de partir fonder une autre meute si l'envie leur en prend, quant aux dominants, il n'est pas rare qu'ils laissent leurs privilèges de côté lors de la dégustation d'une proie*. Presque l'exact inverse finalement de l'organisation sociale humaine, dont le mince vernis de bonnes manières et de fausses bonnes intentions se fissure à la moindre occasion.

Et en prime, Ennis nous offre un joli final, ni totalement amer, ni complètement joyeux. On en vient à regretter que ce soit déjà la conclusion de cette saga dérangeante, menée à 100 à l'heure.
Pour l'anecdote, l'équipe de Milady a préparé des kits presse assez originaux pour faire la promotion de Crossed. Les ouvrages ont été emballés dans des barquettes de viande, badigeonnées de faux sang, dans lesquelles l'on pouvait trouver un couteau (faux également, bien sûr) à lame rétractable. Je peux vous dire que ça fait son petit effet lorsque vous déballez ça devant une employée de la poste qui ne comprend pas immédiatement la blague (oui parce qu'en fait, j'attendais un autre truc, assez fragile, et comme le colis était un peu ouvert, je l'ai immédiatement déballé pour vérifier que rien n'était cassé... j'ai dû faire une drôle de tête pendant une ou deux secondes avant d'apercevoir le "Crossed"). ;o)

Une série coup de poing, sans compromis, dont l'outrance sert un propos certes loin d'être novateur mais qui a l'immense avantage d'être intelligible et plus subtil qu'il n'y paraît.



*ps : loin de la mauvaise réputation dont l'affublent les ignorants (et les conteurs parfois, il faut bien l'avouer), le loup ne s'attaque jamais à l'homme, qu'il craint (à juste titre). Il ne prend dans la nature que ce dont il a besoin pour vivre et s'attaque en priorité aux proies faciles (bêtes malades ou vieilles). De plus, étant omnivore, il se nourrit bien entendu de gibier mais aussi de poissons, d'oiseaux, de serpents, de rongeurs, de grenouilles et même de fruits. La meute étant dirigée par un couple dominant (et non un seul mâle), l'espèce a donc instauré la parité bien avant nous. Plus étonnant encore, le loup est fidèle jusqu'à la mort et n'aura donc souvent qu'une compagne, dont il recherche constamment la proximité. Les marques de tendresse sont quotidiennes et nombreuses.
Autrefois l'un des mammifères les plus répandus de l'hémisphère nord, sa population s'est dramatiquement restreinte suite aux persécutions dont il a fait l'objet. 
En France, l'on estime que les loups étaient au nombre de 50 000 au 17ème siècle. Ils ont été totalement exterminés et ont disparu peu avant 1940. Quelques individus venant d'Italie sont réapparus dans les années 90 (on estime leur nombre à 180 en 2010). Bien qu'ils figurent aujourd'hui sur la liste des espèces protégées, des "prélèvements" de loups sont encore régulièrement autorisés afin de satisfaire des éleveurs pourtant largement indemnisés. Une meute compte en moyenne une dizaine d'individus et sa taille s'adapte en fonction du milieu (taille du territoire et proies disponibles).
Noble, digne, fascinant, père de toutes les races canines, le loup continue d'être maltraité (et mal aimé) par une espèce meurtrière qui peut s'enorgueillir de marcher sur deux pattes mais qui n'a guère élevé sa vision des choses pour autant...