16 janvier 2012

Crossed : Valeurs Familiales

Suite, dans quelques jours, de la série Crossed avec à sa tête une nouvelle équipe créative.

La famille Pratt, dirigée d'une main de fer par un patriarche dévot et pervers, vit de l'élevage de chevaux. Malheureusement, après l'épidémie et les violences qui en découlent, les Pratt doivent abandonner leur ranch et tentent de survivre dans un monde devenu terriblement hostile.
Ils s'installent bientôt dans un coin reculé du Montana qu'ils baptisent "Nouvel Eden". C'est dans ce lieu que le chef de famille pense repeupler le monde, quitte à le faire lui-même et à mettre ses propres filles à contribution...
Addy, l'ainée des filles, va être la seule à s'opposer à son monstre de père. Car en plus des contaminés, elle va devoir combattre l'horreur qui ronge, depuis des années, sa propre famille.

Ennis passe donc la main pour la suite de Crossed (cf tomes #1 et #2). Ce sont David Lapham, au scénario, et Javier Barreno, au dessin, qui sont aux commandes de cette deuxième saison qui s'intéresse à de nouveaux personnages. Le style graphique est assez semblable à celui de Burrows, quelques maladresses au niveau des proportions en plus. L'histoire reste extrêmement violente, peut-être plus encore que les premiers opus.
On connaissait de Lapham une relecture de la période catcheur de Spider-Man ou encore l'intéressant Silverfish chez Vertigo, mais ce qui se rapproche le plus de ce récit est probablement Terror Inc., un titre qui faisait déjà dans le gore (à un bien plus faible niveau cependant). Ici l'auteur va très loin et ne nous épargne rien : tortures, viols, scènes scatologiques, ondinisme, et j'en passe. Certaines planches sont vraiment à la limite du soutenable et donnent la nausée (notamment lors de l'arrivée des contaminés dans une maternité). De plus, la famille Pratt n'étant pas spécialement un modèle, il n'y a pour ainsi dire jamais de baisse de tension ou de moments d'accalmie.

L'éditeur ne prend pas les lecteurs par surprise puisqu'il a fait figurer sur l'ouvrage un autocollant, quelque peu ironique, en guise d'avertissement. Le comic est ainsi défini comme "violent, amoral et profondément malsain", ce qu'il est assurément. 
Difficile de trouver la moindre trace d'espoir dans ce carnage épouvantable. Quant à l'intérêt, il est bien léger également. En effet, si Ennis contrebalançait la noirceur du propos par une réelle maîtrise de l'humour noir, une réflexion et même quelques moments très forts émotionnellement, il n'y a ici rien de tout cela. Or, le gore trouve rapidement ses limites, même lorsque l'on tente le pari, risqué, de la surenchère.
La série n'est tout simplement pas conçue au départ pour durer, pas en tout cas sans accompagner la violence d'autres ingrédients qui permettent de donner un sens à ce qui n'est, sinon, qu'une longue et désagréable boucherie. Ennis est passé maître dans cet art, Lapham, lui, se contente d'imiter la forme. Le résultat est en apparence seulement identique et vire au catalogue de saloperies, indigeste et repoussant.

Pour amateur de trash.
A ne surtout pas mettre entre toutes les mains.
Sortie : 20 janvier 2012