11 février 2012

The Boys : Highland Laddie

Le treizième tome de The Boys est disponible et contient un nouvel arc exceptionnel. Du grand Ennis.

Après avoir vécu de bien pénibles évènements, tant sur le plan sentimental que professionnel, Hughie décide de prendre le temps de faire le point et va se ressourcer chez lui, en Ecosse.
Dans le petit village de Auchterladle, il retrouve ses parents et ses amis. Mais le fait de déplacer les problèmes ne les résout pas. Hughie ressasse ses échecs, s'interroge sur ses choix... même son enfance lui revient rapidement en mémoire, apportant avec elle son lot de regrets et de moments difficiles.
Pendant que le jeune homme traîne son spleen le long des côtes, des trafiquants, eux, préparent une livraison importante. Une drogue très prisée, et infiniment dangereuse. Trois quarts coke, un quart composé V.
Même dans les Highlands, la dure réalité va rattraper Hughie.

Le tome précédent était déjà d'excellente facture, celui-ci s'inscrit dans la même lignée. Le scénario est toujours signé Garth Ennis, les dessins sont de John McCrea.
Quasiment pas de super-slips dans ces six épisodes, mais une introspection fort bien menée couplée à une intrigue policière non dénuée d'humour. L'on en apprend tout d'abord plus sur le passé de Hughie, à l'aide d'anecdotes variées, parfois émouvantes, souvent drôles. L'on découvre également ses deux meilleurs potes, et là, on se dit que Ennis exagère un tantinet, qu'il se caricature presque. Et puis l'on poursuit la lecture et l'on est encore une fois scotché par son génie et sa maîtrise.

L'auteur nous parle ici d'un thème au coeur du concept super-héroïque mais également au centre des préoccupations de bien des gamins (et des adultes) : la déception de ne pas être à la hauteur, la frustration de ne pas être un dur, un type cool, à la Eastwood, qui botte des culs tout en balançant une bonne réplique. Bien des gens vous diront, avec maladresse, que la violence ne résout rien, qu'il vaut mieux faire preuve d'intelligence, que l'on se sent meilleur lorsque l'on a des principes... un discours qui, malheureusement, trouve vite ses limites dans la froide réalité de notre monde, gouverné par le plus fort, que ce soit au sein du concert des nations ou au milieu d'une cour d'école.
Ennis, ici, en défendant une thèse moraliste peu évidente, réussit l'exploit de nous y faire croire. Il creuse profondément dans l'esprit et le coeur d'Hughie, en sort toute l'amertume, l'aigreur, les non-dits, et finit par mettre à jour sa véritable personnalité. On le savait déjà, c'est Hughie le héros de l'histoire, pas les Masques. C'est lui le brave type. Celui qui a une conscience. Ce que l'on découvre ici c'est pourquoi il est comme ça. Non pas plus faible mais meilleur. Non pas fragile mais sensible. Quant à la référence au Club des Cinq, renforçant encore l'innocence et la pureté du personnage confronté à la laideur du monde des adultes, elle est aussi amusante que pertinente.

Il est comme ça Ennis. Il vous fout dans son récit un travelo improbable, un type obligé de porter un masque tellement il pue de la gueule, il vous lâche quelques bonnes vannes avec un personnage de gangster désabusé remarquable, et, alors que vous pensez être au milieu d'un cirque absurde, il vous montre, gentiment, lentement, ce que cachent réellement ses gesticulations et son exubérance.
Dans la vie, ça s'appelle de la pudeur. Dans la fiction, c'est aussi une forme de talent.

Divertissant, intelligent, détonnant. 
Une valeur sûre.