25 mars 2012

Coup de Coeur : Les Seigneurs de Bagdad

Réédition ce mois de Pride of Baghdad, par Urban Comics. La guerre et le monde des hommes vus par les plus majestueux des félins.

Guerre du Golfe. Bagdad. Un bombardement américain touche le zoo de la capitale. Quatre lions vont être ainsi libérés. Zill, le mâle du groupe, Safa, une chasseuse expérimentée, Noor, la belle rêvant des grands espaces, et Ali, le lionceau, se retrouvent livrés à eux-mêmes.
Ils vont devoir réapprendre à trouver leur nourriture seuls, à se défendre contre un monstrueux prédateur et à reconquérir leur habitat naturel.
Naguère, ils régnaient en seigneurs.
Aujourd'hui, ils sont en danger. A la merci du feu du ciel et d'un monde qu'ils ne comprennent plus.
La liberté a un coût. Ils vont l'apprendre, ensemble, de la plus amère des façons.

Ce magnifique récit avait déjà été publié par Panini, avec un résultat plus que douteux (les planches étant tronquées). Urban Comics offre cette fois, avec un retour au format originel et une nouvelle traduction, une édition digne de ce nom au lectorat français.
Le scénario, se basant sur une histoire vraie, est de Brian K. Vaughan (Runaways, Buffy contre les Vampires, The Hood), les dessins sont de Niko Henrichon. Le travail graphique est exceptionnel, une réelle beauté, mais aussi une grande puissance évocatrice, émanant des planches. Quant à l'histoire, elle fait partie de ces contes, intelligents et poignants, qui permettent de transformer un simple divertissement en art fondamental.

Si les auteurs font bien parler les animaux, il ne s'agit pas ici d'un comic anthropomorphique, à la Grandville, mais d'un univers bien plus réaliste, dans lequel les dialogues "humains" viennent retranscrire un comportement animal que l'on imagine volontiers exact ou, tout du moins, vraisemblable. L'allégorie portant sur les victimes civiles des guerres est certes évidente mais l'on peut également voir dans cette oeuvre une réflexion plus profonde sur le "mirage" de la liberté et les, parfois protecteurs, barreaux qui la limitent.
La démonstration tient à la fois du drame, de l'essai philosophique et de la grande aventure. Et une lecture plus premier degré fera probablement frémir ceux qui sont déjà sensibles à la cause animale. Car bien entendu, même si les cages sont parfois rassurantes, même si la liberté a un prix, rien ne remplace, pour l'Homme et, il faut s'en persuader, pour l'animal également, la sensation unique de pouvoir vivre et se déplacer sans entraves.

Un livre riche en émotions et aussi brillant sur le fond que la forme.
LE gros coup de coeur du mois.