20 septembre 2012

Luther Strode : La méthode Hercule

Nous faisons connaissance aujourd'hui avec un nouvel apprenti super-héros portant le nom de Luther Strode.

Luther est un adolescent banal, ce qui sous-entend qu'il galère avec les filles et passe son temps à essayer d'échapper aux brutes qui le malmènent.
Un jour cependant, Luther reçoit un livre contenant une méthode pour développer le potentiel physique et mental des individus. Il la teste et, très vite, se rend compte qu'il ne s'agit pas d'un attrape-nigaud et qu'en plus les effets sont spectaculaires !
Luther ne craint plus personne, son meilleur ami lui suggère même de devenir un super-héros et de patrouiller, en costume.
Malheureusement, Luther va se rendre compte que de grands pouvoirs impliquent... de gros ennuis.

Le premier tome de Luther Strode vient tout juste de sortir en VF chez Delcourt. Le scénario est de Justin Jordan, les dessins de Tradd Moore.
Le concept de départ ne brille pas franchement par son originalité, l'on retrouve même tous les poncifs du genre (le souffre-douleur devenant tout à coup surpuissant, les amours contrariées, les patrouilles nocturnes...). L'on peut cependant s'amuser de la "méthode" permettant d'acquérir les fameux pouvoirs, celle-ci sortant tout droit des vieilles publications pour la jeunesse, dans lesquelles d'improbables publicités vantaient les merveilles de méthodes de musculation ou de lunettes pour voir à travers les vêtements. De l'arnaque vintage en quelque sorte.
Le récit évolue cependant vers quelque chose d'assez violent, et la scène d'ouverture donne d'ailleurs le ton d'entrée de jeu, avec une double planche particulièrement gore.

Impossible, à la lecture de l'ouvrage, de ne pas faire un parallèle, au moins au début, avec Kick-Ass, l'ambiance faisant penser à la méthode Millar : scènes choc, ultra-violence et grosse baston qui tache. Tout va très vite mais les personnages n'en souffrent pas trop, sans doute parce qu'on les connaît déjà bien (Luther étant un Peter Parker moderne, en plus trash, avec une tante May rajeunie). Quelques pointes d'humour au niveau des dialogues permettent de prendre un peu de recul et de ne pas simplement assister à un déluge de coups. 
Les six premiers épisodes réunis ici se laissent lire, mais il est difficile de crier au chef-d'oeuvre, notamment parce que l'on ne sait pas trop encore vers quoi l'on se dirige. Et pour conserver une comparaison millarienne, l'on imagine bien qu'une tournure à la Nemesis serait assez différente d'une évolution à la Superior. Et entre le naufrage et l'agréable croisière, il suffit souvent d'un petit rien pour faire la différence (un gros glaçon par exemple).

Reste le "problème" de l'ultra-violence. Car l'on peut finalement s'interroger sur la nécessité de recourir systématiquement au gore, quitte à tomber parfois dans l'excès. Une pratique finalement devenue, sinon courante, du moins régulière (cf. No Hero, Crossed, Black Summer ou même encore Brit dans une moindre mesure).
Il ne s'agit pas, bien entendu, de jouer les moralistes, encore moins d'envisager une censure, mais simplement de s'interroger sur une certaine banalisation des actes les plus horribles. Une fiction a-t-elle besoin d'en passer par là pour intéresser les lecteurs ? Il est certain qu'un titre un peu "couillu", estampillé "pour lecteurs avertis", à des chances d'attirer l'attention (souvent des moins avertis d'ailleurs). Or, ce qui fait la différence entre une violence "acceptable" et une simple opération commerciale, c'est bien sûr l'utilité que cette même violence peut avoir.
Il appartient aux auteurs, aux auteurs responsables en tout cas, de ne pas en faire simplement un show vide de sens. Quant aux lecteurs, ils ont aussi leur mot à dire et leur responsabilité dans l'évolution globale des comics. Après tout, ce sont eux qui représentent le nerf de la guerre, en mettant ou non la main au portefeuille. Difficile cependant, dans un monde où la plupart des media artistiques de masse tendent vers la médiocrité (la télévision en tête, même s'il existe des exceptions, notamment dans le domaine des séries TV), de ne pas emprunter les chemins qui semblent les plus faciles et qui sont, en tout cas, les plus familiers.
Reste, pour les auteurs, à faire cohabiter le besoin de vendre (qui n'a rien de honteux) et une certaine intégrité, permettant, parfois, de ne pas suivre les vents dominants. On va moins vite, on se prend un peu de poussière, mais cela permet souvent de trouver des endroits uniques et encore vierges.

Un premier tome sympathique, qui n'a pas encore toutefois suffisamment de fond pour que l'on puisse réellement se faire une idée de l'ensemble.