19 décembre 2012

Intégrale Don Rosa : La Jeunesse de Picsou

L'on plonge aujourd'hui dans le passé de la plus célèbre famille de canards, avec le premier tome de L'intégrale Don Rosa consacrée à La grande épopée de Picsou.

Après l'intégrale Carl Barks, qui commence à être bien fournie, Glénat consacre une nouvelle série de recueils à un autre grand nom des comics Disney : Keno Don Rosa.
Ce premier tome contient la maxi-série The Life and Times of Scrooge McDuck qui, en douze chapitres, revient sur les jeunes années de Picsou.

Contrairement à ce que le commun des mortels pourrait penser, Balthazar Picsou n'est pas né dans l'aisance, en héritant d'une grande fortune. Au contraire, alors qu'il n'est qu'un enfant, il apprend que le clan McPicsou est ruiné. Son propre père peine à nourrir ses deux soeurs, et Balthazar est obligé de commencer à travailler... comme cireur de chaussures. Son premier client lui refile une pièce américaine, qui n'a évidemment pas cours en Ecosse. C'est néanmoins son premier sou, celui qui sera la source d'une motivation sans faille. A 13 ans, le petit garçon, courageux et malin, s'embarque pour l'Amérique et ses promesses de richesse. Pendant des années, il va parcourir le monde, affronter des bandits, apprendre la vie à la dure, avant, enfin, de faire fortune dans le Klondike. Mais peu à peu, le jeune homme est devenu un être aigri, cynique, radin... et même sa famille se détourne de lui. 

Bien avant Spider-Man ou la Justice League, Donald, Picsou et leur famille sont sans doute les premiers ambassadeurs des comics dans le monde. Quel enfant n'a en effet jamais lu une de leurs nombreuses aventures ? Celle qui nous intéresse aujourd'hui constitue un fondement de cet univers. Ce récit est d'ailleurs très différent de ceux que l'on pourra découvrir dans l'intégrale Barks, puisque plus récent (il date du début des années 90) et constitué d'une trame générale et non de courtes histoires indépendantes.
Don Rosa fait montre ici d'un grand talent mais aussi d'une incroyable passion pour l'oeuvre de Barks, son maître, à qui il n'oublie jamais de rendre hommage grâce à un D.U.C.K. (Dedicated to Unca Carl from Keno) caché au milieu d'une case. Patiemment, Rosa a recueilli toutes les références au passé qui étaient disséminées dans les écrits de Barks, pour bâtir une saga aussi riche que respectueuse de la continuité (du moins, sauf cas de force majeure).

Chaque chapitre se termine sur un texte explicatif de Rosa, qui parle de ses références, ses recherches ou ses choix. L'on mesure alors, malgré l'apparente simplicité du trait, la somme de travail et de recherches que chaque épisode a nécessité. 
Mais plus qu'un exploit technique, Rosa parvient ici à toucher le lecteur en donnant une profondeur inégalée à Picsou. Sa lente transformation est magistrale et, bien que de nombreux gags parsèment la saga, l'émotion est bien présente. La scène où un Picsou adulte se recueille sur la tombe de sa mère, ou encore celle montrant son départ définitif pour les Etats-Unis, sont des moments d'une rare intensité et d'une grande subtilité. Bien que la mélancolie soit présente, tout passe en finesse, sans effets larmoyants et même avec une rare poésie. La seule case, sans aucun texte, où l'on entraperçoit la dépouille de Fergus, dans un lit éclairé par le clair de Lune, alors que son fantôme disparaît à travers un mur du château, est une pure merveille de maîtrise et de retenue. 

Bon, heureusement, l'on n'est pas tout le temps sur ce registre et l'on va assister à de nombreux évènements importants. Entre les personnages historiques qu'il croise, sa première rencontre avec les Rapetou ou son propre neveu Donald, la construction de sa tour/coffre-fort, dominant un Donaldville encore à l'état de petit village, ou l'achat de la célèbre redingote, tout ou presque ce qui constitue le personnage et sa légende est exposé et détaillé.
Le travail éditorial est à souligner, puisqu'en plus des textes de Don Rosa, une page, assez complète, permet de donner diverses informations sur chaque chapitre, notamment les dates des différentes publications et les titres des revues, américaines ou françaises, les ayant accueillies. Pour ceux qui ne voudraient pas les chercher, la solution des D.U.C.K. est fournie, avec illustrations à la clé. Et enfin, l'arbre généalogique des Duck est présent deux fois, dont une sous forme d'un grand poster.
La traduction est également plutôt propre, autrement dit, pour 29,50 € et près de 300 pages, l'on n'a pas l'impression d'être volé.

Peut-être que les histoires de canards n'intéresseront pas tous les lecteurs, mais il semble difficile de ne pas reconnaître la qualité de celle-ci. Après Barks et Rosa, espérons qu'un jour Glénat aura la bonne idée de rendre hommage à Guido Martina en sortant une intégrale Fantomiald. Non parce qu'il s'agit d'une approche super-héroïque du personnage, mais parce que Donald est écrit d'une manière totalement différente et bien plus positive (et oui, je suis un peu nostalgique de ces vieux épisodes).

Une "grande" épopée qui mérite bien son nom.

+ la minutie de Don Rosa
+ la profondeur prise par Picsou
+ les rares mais fantastiques moments d'émotion
+ les explications et petits bonus
- l'aspect enfantin de l'ensemble au premier abord, qui pourrait masquer les grandes qualités de l'oeuvre si l'on ne fait pas l'effort de passer outre