17 mars 2013

Badass : French Touch


Voilà un comic-book français publié chez Delcourt, complètement parodique tout en restant respectueux de ses aînés. Le genre d'ouvrages qui fait constamment des clins d'oeil complices à nos souvenirs de lecteurs assidus (tendance geek) sans pour autant se moquer de nos penchants, les tourner en dérision ou infantiliser le propos.

D'ailleurs, à ce sujet, je tiens à préciser qu'il m'a été recommandé par mon libraire préféré, le successeur de mon ancien libraire préféré (ce dernier étant parti sous d'autres cieux vendre... des guitares) ; je ne saurais trop recommander à vous tous qui passez ici d'en avoir toujours un sous le coude - à défaut, consultez régulièrement ce blog pour pouvoir vous y retrouver dans le monde merveilleux mais si vaste des comics.

De quoi parle Badass ? De Dead End, un tueur à gages redoutable, et d'une efficacité telle qu'il fait trembler ses pairs : il peut faire une arme de tout ce qui lui tombe sous la main et parvient à éviter tous les coups durs. Aujourd'hui, Dead End en a marre, et décide de faire la peau à son employeur, le Dragon vert, quitte à se débarrasser par la même occasion de la redoutable – quoique accorte - Amadeus Kitty, d'une tripotée de flics casse-couilles et même, pourquoi pas, de Black Snake, le justicier de la nuit rôdant dans sa Blackmobile... Dead End n'a peur de personne. Pourtant, en 1977, il n'était qu'un ado pathétique, looser chronique, couvert d’une acné persistante et la risée de tout un lycée...

On le voit, Badass semble construit sur un schéma proche des comic-books récents traitant avec plus ou moins de recul de la genèse des super-héros, toujours sur un mode référentiel tout en essayant d’y insérer un ton acerbe, des préoccupations plus contemporaines, voire une intrigue conspirationniste : entre Superior de Millar ou Luther Strode de Justin Jordan, vous avez un bon exemple des titres parus sur ce sujet. Mais Badass a deux atouts pour lui, qui le distinguent des œuvres précitées : d’abord, il est français, ce qui apporte un regard légèrement décalé sur la notion même de super-héros (ou super-vilain d’ailleurs) ; et puis, son humour se rapproche plutôt de la parodie bon enfant, renforcée par un dessin très frais qui sait faire la part belle à des scènes d’action enthousiasmantes. En outre, Badass fait d'énormes clins d'œil à Batman et à ces comics des années 60 dont les méchants portaient tous des noms ridicules tirés d'animaux, tout en dépeignant un univers caustique à mi-chemin entre le Punisher et Deadpool. 

Trépidant, rythmé, violent, Badass souffre sans doute de dialogues parfois limite et d’un traitement un peu trop léger : la mise en page aérée mais dynamique de Bruno Bessadi et les couleurs pimpantes de Gaétan Georges lui confèrent un ton plus proche de la bande dessinée européenne. Néanmoins, un petit mystère sur les origines et les pouvoirs de Dead End annonce une suite encore plus détonante puisqu'on termine l'album sur une confrontation avec la American Justice Federation (j’attends impatiemment un duel avec JellyFishMan!)…