20 octobre 2013

Superior 2 : l'Ame d'un héros

Il y a quelque temps de cela, Neault vous avait parlé de Superior, nouvelle mini-série du surdoué et prolifique Mark Millar, expliquant que le concept, rendant hommage aux super-héros du Golden Age, semblait plutôt (et jusque-là) bien maîtrisé par un auteur jamais avare de bonnes idées, habitué des introductions fracassantes mais également connu pour conclure laborieusement ses séries.
Il se trouve que je partageais son avis.

1e de couverture
Curieux de savoir ce que nous concoctait l’Ecossais pour la suite de Superior, je me suis procuré le second album publié dans la collection 100% Fusion Comics – et qui ne contient que trois épisodes puisque la série se clôt au septième. N’allez pas croire pour autant que Panini compense le coût en ajoutant une profusion de bonus : vous aurez droit aux traditionnelles couvertures originales et à leur version brute, ceci afin d’admirer le travail de Leinil Francis Yu. Ce dernier nous gratifie d’ailleurs d’un travail agréable avec des traits légèrement moins anguleux que d’habitude tout en conservant une grande dynamique dans ses scènes d’action et en jouant habilement des angles. Cela dit, certaines cases sont à la limite de l’intelligible du fait de cet encrage particulier, très appuyé et renforcé de couleurs sombres.
Le résultat me laisse un petit peu perplexe. Mais laissez-moi d’abord vous affirmer que j’ai plutôt apprécié. Il y a dans le déroulement de drame faustien aux ressorts très classiques quelque chose de réconfortant, d’apaisant presque, et qui détonne chez celui qui n’aime rien tant que provoquer, parfois pour le simple plaisir de faire parler. Donc ce garçon, atteint de sclérose en plaques et au bout du rouleau, se voit offrir la possibilité d’incarner le héros de ses rêves, une version de Superman à peine modifiée (c’est bien entendu voulu), invulnérable et droit. C’est un petit singe de l’espace ( !) qui lui a accordé ce vœu, dont les contreparties seront bien vite présentées, le lecteur étant prévenu dès la fin du quatrième épisode. Et pour compliquer le choix qu’il devra être amené à faire, il devra mettre dans la balance la sauvegarde de la Terre, rien que ça.


Avec un tel matériau, Millar aurait pu surfer sur la vague actuelle consistant à décliner les conséquences d’une telle promesse de pouvoir sur la psyché humaine (en effet, et si celui qui recevait le don – par magie, par un coup du sort, une morsure radioactive ou des rayons cosmiques – en usait de la pire des manières ?). Un grand pouvoir implique… vous connaissez la suite. Ici, rien de tout cela, on est assez loin de the Cape, pour ne prendre qu’un exemple. Uniquement une quête élaborée dans les règles de l’Art avec un ennemi retors mais d’une banalité éhontée, contre lequel ce brave Simon Pooni devra compter sur l’appui d’amis proches, dont une accorte journaliste à la générosité proportionnelle aux appas plutôt bien mis en valeur. Le suspense naît par conséquent chez le lecteur habitué à l’iconoclastie millardienne (millardesque ?) : jusqu’où l’auteur suivra-t-il ce schéma traditionnel ? On peut du coup être déçu, fort légitimement du résultat. Pourtant, à ma grande surprise, j’ai été touché par les choix effectués et cette plongée en nostalgie opérée avec un respect très digne de ses aînés (rappelons que la mini-série est dédiée à Richard Donner et Christopher Reeve).


Pas bouleversant ni renversant, Superior s’avère une aventure confortable, agréablement menée, sans imagination mais avec maîtrise. Et puis il y a ces petits moments magiques pendant lesquels ce garçon de douze ans, le même qui sommeille en nous, réalise ses souhaits les plus chers avec une candeur et un aplomb qui se savourent sans retenue.