22 mars 2014

The Sword : la nouvelle saga des frères Luna

Une nouvelle série, mélangeant polar et fantastique, sort ce mois chez Delcourt. Voyons tout de suite ce que donne le premier tome de The Sword.

Dara Brighton est une jeune étudiante en art qui a perdu l'usage de ses jambes depuis quelques années. Elle mène une vie paisible, entourée de ses parents et de sa sœur, jusqu'à ce qu'un groupe d'individus fasse irruption chez elle, un soir. Ceux-ci exigent une épée que son père aurait apparemment volée. La situation s'envenime et, alors que sa famille est massacrée sous ses yeux, Dara est laissée pour morte, abandonnée au milieu de son foyer, en flammes.
Dara découvre alors la fameuse épée, dissimulée sous le plancher de la maison. Contre toute attente, cette arme ancienne va lui permettre d'échapper à l'incendie, de guérir de ses blessures et même de marcher à nouveau. 
La jeune femme souhaite maintenant retrouver les tueurs, mais non seulement elle ne sait rien sur eux mais se retrouve très vite en mauvaise posture par rapport aux autorités...

Tomber sur un comic signé Jonathan & Joshua Luna engendre toujours un sentiment positif de curiosité mêlée d'intérêt. Les deux frangins, outre une incartade chez Marvel aux côté de Bendis (cf. Spider-Woman Origin), ont jusqu'à présent signé des œuvres plutôt réussies, comme Girls, à l'époque décrite comme flirtant avec une ambiance à la Stephen King (ce qui est amusant puisque le romancier écrira Dôme, bien des années après, en reprenant un élément central de l'histoire) ou Ultra, une série super-héroïque à la fois moderne et très féminine.
L'on est cette fois plongé dans une trame fantastico-policière qui débute fort bien. Les personnages sont bien campés, les dialogues sonnent juste et l'action est percutante. Le seul petit bémol au niveau de l'intrigue pourrait concerner l'aspect mythologique, asséné d'un bloc, d'une manière peu vraisemblable. Mais bon, là n'est pas l'essentiel, les évènements importants se déroulant de nos jours. 

Le dessin, bien qu'ayant un certain charme, notamment grâce à une colorisation pastel douce et esthétisante, reste le point faible des Luna. Toujours le récurrent problème des visages, tous strictement lisses et identiques (seules la longueur et la couleur des cheveux permettent de distinguer les personnages dont le sexe et l'âge resteraient, sans cela, un mystère). Quelques petits défauts sont également disséminés dans les planches, que ce soit au niveau des postures et proportions, ou par exemple lors de la représentation, très enfantine, des véhicules
Pourtant les scènes fonctionnent bien la plupart du temps, grâce notamment à une tension due à de bons cadrages et une écriture aussi nerveuse qu'habile. 

Ces six premiers épisodes sont réussis malgré des défauts graphiques évidents et des révélations mal amenées. Si les personnages sont attachants et l'émotion palpable, ce comic reste sans doute pour l'instant le moins original des frères Luna. Peut-être aussi l'un des plus violents (pas mal de scènes de "découpage"), même si cela n'égale en rien les excès et la complaisance d'un Luther Strode ou d'un No Hero
L'ensemble est prévu en quatre tomes. Reste à voir si l'aspect mythologique sera suffisamment bien manié par la suite pour se mettre au niveau de la partie polar, ce qui n'est pas impossible étant donné que la force des Luna réside plus dans l'écriture que le maniement des crayons. La preuve, même lorsqu'ils sont seulement "bons", ils parviennent à se maintenir bien au-dessus de la majorité de la production récente (entre Hero Worship, X-O Manowar, Dan the Hunarmable ou même Happy, ce ne sont pas les médiocrités qui manquent depuis quelques mois).

Assurément à tester.

+ la touche Luna
+ bonne construction des personnages
+ dialogues bien fichus
+ ensemble efficace et tendu
- des défauts graphiques parfois déroutants et frisant l'amateurisme
- une partie mythologique pour le moment peu convaincante