14 avril 2014

Clone #1 : Première génération


Au premier trimestre 2014, les éditions Delcourt présentaient un ouvrage qui a su attirer mon attention sur l'étal de mon libraire et dealer de comics favori (bravo donc aux décideurs pour le choix de la couverture, choix par ailleurs expliqué dans les suppléments en fin de volume) : Clone. Encore une fois - mes lecteurs vont finir par croire que je suis si prévisible - c'est avant tout le style graphique de la première de couverture qui m'a aimanté car j'ai reconnu immédiatement l'inimitable patte du très méticuleux Juan José Ryp.

L'artiste espagnol, connu pour son trait fin et dynamique et pour sa propension à meubler ses décors d'une myriade de détails rappelant le travail d'un Geoff Darrow, fait effectivement partie de mes dessinateurs favoris, et je n'hésite que rarement lorsque j'aperçois une de ses œuvres.
A y lire de plus près, le propos était engageant, mais pas que : le thème du "clone" génétique dans un contexte d'anticipation, quoique porteur, n'est pas forcément une garantie de succès narratif (le récent film avec Bruce Willis en est une preuve évidente). Il fallait de la rigueur, de l'imagination et une maîtrise aiguë du suspense pour parvenir à créer un récit captivant à l'aune des sujets abordés. Le fait qu'il ait été publié par Kirkman pouvait toutefois augurer du meilleur.

Et j'ai bien du mal à exprimer mon enthousiasme devant ce qui est, en outre, le premier volume affiché d'une série déjà prête à être portée sur nos écrans. Rien de galvaudé, cependant, c'est juste que l'ouvrage ne m'est pas apparu très convaincant, quand bien même il affiche quelques atouts non négligeables.
C'est que d'abord, ça démarre mou. Et là, je me rends compte que je m'exprime mal. En fait,
il se passe beaucoup de choses dans le premier chapitre (l'album en compte 5) : c'est violent, sanglant et très agité. Mais les révélations attendront que la tension retombe. Vous voyez où je veux en venir ? C'est ça : nous sommes typiquement dans un tempo de série télévisée, avec une entame accrocheuse mais avare d'informations et une présentation fragmentaire et progressive des personnages principaux (sachant que les premiers à l'écran ne sont pas forcément ceux qu'on suivra jusqu'au bout). Il faut dire que c'est David Schulner qui est au manettes du scénario. Ce nom ne vous dit sans doute pas grand chose à moins que vous ne soyez adeptes de Desperate Housewives, dont il a été scénariste et producteur. Ah ça vous en bouche un gros coin, là ! Oui, je sais. Rassurez-vous, le bonhomme a également officié sur the Event, il est donc capable de raconter autre chose que les tribulations de bourgeoises en manque. Le fait est qu'il mène sa barque avec autorité, sans pour autant s'être débarrassé de certaines scories liées au monde télévisuel. Ainsi, après un premier chapitre haletant (disais-je) mais frustrant, on va suivre notre héros, le jeune et avenant docteur Luke Taylor, allant de révélation en révélation : alors qu'un clone gravement blessé se retrouve chez lui, un autre kidnappe sa femme sur le point d'accoucher, et un troisième lui propose de l'aider, non seulement à retrouver son épouse, mais également à survivre car l'un d'entre eux a décidé de tous les éliminer. Le pauvre Luke se découvre une chiée ribambelle de clones dont il ignorait jusque lors l'existence. Et pendant ce temps, le vice-président se ronge les sangs dans l'attente d'un vote décisif au Parlement sur l'adoption ou non d'un projet de loi sur l'utilisation des cellules souches embryonnaires (dont l'usage lui permettrait peut-être de sauver sa fille atteinte d'un mal incurable).

Chasse à l'homme, complot gouvernemental, expériences interdites, mystère des origines : c'est solide, carré, mené avec un certain sens du rythme. Ryp s'y connaît en découpage dynamique et propose des planches toujours aussi détaillées et mouvementées, auxquelles j'aurais tendance à remarquer l'un de ses rares défauts : les visages, surtout dessinés de face (il a du mal avec les lèvres). Du coup, on distingue mal les personnages (vous me direz, c'est normal si on a des clones qui se battent entre eux). Le découpage des séquences de corps à corps est parfois aussi confus. 

Au niveau de l'écriture, ce n'est pas folichon. Les caractères sont obscurs et les motivations des personnages (en dehors du pauvre Luke - tiens, ça fait deux fois que je dis "pauvre Luke" ! - dont la vie bascule à chaque page) baignent dans le flou. Enfin, les dialogues, traduits par Hélène Remaud-Dauniol, ne brillent guère par leur originalité, lorgnant davantage du côté de Walker Texas Ranger. Certaines ficelles sont trop grosses mais s'avèrent utiles pour initier une intrigue secondaire, et chaque chapitre parvient à s'achever sur un habile cliffhanger avec en point d'orgue la fin de l'album (qu'on voyait venir à des kilomètres malgré tout).

Rien de nouveau donc, mais un travail sérieux, plutôt agréable à lire, qui pourrait donner lieu à une excellente adaptation télévisée et dont la suite promet beaucoup en termes de violence et de sous-intrigues tortueuses (quelques aperçus des chapitres suivants glanés çà et là laissent penser que Ryp a pu se lâcher comme dans ses productions avec Warren Ellis). A suivre, alors.