03 mai 2014

Marvel Icons : Spider-Man par Straczynski

La nouvelle collection librairie de Panini commence très fort avec d'excellents épisodes de Spider-Man.

Avec Marvel Icons, l'éditeur annonce clairement son ambition : présenter les plus belles sagas des héros Marvel. Bon, Panini nous a déjà fait le coup de l'effet d'annonce maintes fois, ce qui ne nous empêchait pas de nous rendre compte que les épisodes étaient souvent piochés un peu au hasard (cf. entre autres les Incontournables, qui étaient loin de l'être tous). Cette fois cependant, ça démarre très fort puisque ce premier volume regroupe les épisodes #30 à #45 de Amazing Spider-Man (vol. 2). 
Alors, oui, plus de 30 euros, ce n'est pas donné, mais vu l'épaisseur et la qualité du contenu, c'est clairement indispensable. D'autant que le run de Straczynski, comme nous allons le voir, contient son lot de scènes cultes et même de moments historiques.

C'est donc l'immense J.M. Straczynski qui est au scénario. Si vous ne le connaissez pas encore, sachez qu'il est notamment l'auteur de Superman : Terre Un, Silver Surfer : Requiem, The Twelve, Bullet Points ou encore Rising Stars et Midnight Nation. De très bons comics donc, ce qui n'avait pas empêché Panini, qui n'est jamais à une ânerie près, de le pourrir d'une manière assez étrange (cf. son run sur Thor) alors qu'en général ils encensent n'importe qui.
En parlant d'encenser, la présentation de John Romita Jr, qui officie aux crayons, frise la parodie tant elle est exagérée et sans nuances. L'artiste est qualifié de "maître des comics modernes" ou encore de "pilier inébranlable". Alors, on peut aimer ou non son style, il faut reconnaître qu'ici, il livre des planches travaillées et efficaces, parfois même impressionnantes, ce qui est très loin d'être toujours le cas (on a vu que sur Avengers notamment, certaines cases étaient au-delà du bâclé).

Mais rentrons dans le vif du sujet. Tout commence avec une découverte sur la nature totémique des pouvoirs de Spidey. L'occasion pour Straczynski d'introduire le personnage d'Ezekiel et de nous conter l'un des plus effroyables combats du Tisseur, contre le terrible Morlun (que l'on retrouvera bien plus tard dans The Other). Notons que ce début a également été récemment réédité dans le premier volume de la collection Hachette.
La vie de Peter Parker est passablement bouleversée à cette époque. Son mariage bat de l'aile, il change de job (il devient professeur dans un quartier difficile), et l'un de ses plus précieux secrets est percé à jour puisque la tante May découvre qu'il est en réalité Spider-Man. Contre toute attente, le choc ne terrasse pas la tantine et donne même lieu à quelques scènes émouvantes, fort bien écrites. L'on peut également signaler un épisode, totalement silencieux (en réalité sans dialogues mais pas tout à fait sans texte), qui s'avère aussi prenant qu'habile. 

L'historique épisode #36, post 11 septembre, est également présent. Les attentats viennent d'avoir lieu, il faut imaginer dans quel état d'esprit peut se trouver le scénariste à ce moment-là. Or, il parvient à livrer un texte magnifique (il s'agit plus d'un texte illustré que d'une histoire au sens strict) et mesuré.
Il y condamne les actes odieux, il affirme la nécessité de punir les criminels, mais avec une grande intelligence, il fait aussi la part des choses et se refuse à condamner une ethnie ou une religion. Le final, montrant une population bigarrée, avec au premier plan une femme portant le voile, montre clairement les victimes, de nationalités et couleurs différentes. Une manière élégante de démontrer qu'un être humain se juge sur ce qu'il fait, non ce qu'il est. 
Cet épisode permet également de rendre hommage aux policiers et pompiers qui travaillèrent longuement sur les lieux, parfois jusqu'au sacrifice de leur vie (à conseiller également, dans la même veine : The Call of Duty). L'auteur utilise habilement les ennemis traditionnels des héros Marvel pour montrer à quel point toute frontière, tout conflit, s'efface devant l'atrocité des attaques. L'on voit ainsi un Fatalis, les larmes aux yeux, ou un Magneto aux côtés de la population new-yorkaise.

Après cet interlude poignant, l'on poursuit avec une enquête qui mène Spider-Man sur les traces d'un type qui enlève des gamins. L'homme se servant de la dimension astrale, le Monte-en-l'air se fait aider par le Dr Strange. Moins spectaculaire que l'arc avec Morlun, évidemment, mais plutôt bien fait et totalement logique (Spidey étant plus un héros de "proximité" qu'un demi-dieu qui sauve la planète tous les deux jours).
On enchaine enfin avec un petit détour par Los Angeles où Peter va tenter de reconquérir sa femme tout en intervenant au milieu d'une baston opposant Octopus à un autre vilain lui ayant dérobé sa technologie. Le récit vaut surtout le coup pour le parallèle que fait Straczynski entre son travail sur la série et le film qui est en train de se tourner. 
Le run de Straczynski étant loin d'être terminé, ce volume s'achève sur une situation en suspens sur le plan sentimental. Les covers complètent l'ensemble.

Difficile de ne pas conseiller à 100% un tel ouvrage. Il y a tout : de l'action impressionnante, des révélations, des vannes, de l'émotion et même des réflexions moins simplistes que l'on ne pourrait le croire. C'est là l'esprit du "vrai" Spider-Man. Peter Parker n'est ni agaçant ni égoïste, il n'agit pas comme un benêt. Spider-Man est loin d'être invincible, il encaisse, souffre et se relève, comme un véritable héros. Les dialogues sont parfaitement écrits, avec finesse et cet humour typique du Tisseur.  
Straczynski a tout compris du personnage, il en reflète l'âme. 
Et comme Straczynski est un grand auteur, il peut le faire avancer également, en se séparant de vieilleries ou d'agaçantes habitudes tout en préservant l'essentiel. Tout est logique, bien amené, fluide, sans heurts. Spider-Man n'est pas un type célibataire et maladroit, s'occupant de sa tantine, c'est un homme pris entre son rôle de super-héros et ses soucis quotidiens, qu'ils soient professionnels ou sentimentaux. C'est parce qu'il a parfaitement compris ces véritables fondamentaux que Straczynski a pu autant s'approprier Parker sans lui accorder un respect exagéré qui l'aurait figé.
En amenant un souffle d'air frais et de véritables changements sans pour autant briser la continuité ou mettre à la poubelle les précieux souvenirs des lecteurs, le scénariste a accompli là un tour de force. Si son run est récent, il n'en est pas moins déjà légendaire.

Que vous soyez un fan de Spider-Man ou que vous souhaitiez découvrir le personnage, ce Marvel Icons est à posséder.
Si Stan Lee et Steve Ditko ont donné naissance au Tisseur, Straczynski est ce qui lui est arrivé de mieux en plus de 50 ans.

+ toute l'intelligence et la finesse de Straczynski 
+ combats spectaculaires, et même douloureux
+ véritable évolution du personnage
+ humour
+ émotion
+ concept totémique passionnant et très bien amené
+ ancrage dans la réalité, propos dépassant le cadre des comics
- allez, le prix, mais franchement, ça les vaut