15 juin 2014

The Curious Case of Benjamin Spark

Il y a une fine ligne entre la citation, l'hommage et le plagiat. 
Cette année, cette ligne a été franchie.
(à lire avec une grosse voix de bande-annonce et une musique dramatique !!!)

Penchons-nous aujourd'hui sur Benjamin Spark.
Son site officiel annonce, et je cite :
"Benjamin SPaRK est un artiste franco-belge né en 1969, qui vit et travaille à Bruxelles. A 28 ans, il suit une formation en dessin à l’Ecole Nationale des Beaux-arts de Paris, puis part se perfectionner aux Etats-Unis, avant de s’installer en Belgique, pour se consacrer entièrement à son art."

De l'année 69, Benjamin n'a rien retenu. En effet, le 69 est une position visant à satisfaire son partenaire tout autant qu'elle ou lui vous satisfait. Mais Ben est le seul à juter dans cette affaire que je vais vous narrer. Oui, "juter" : un mot vulgaire et limite ignoble qui fait penser à un marquage de territoire plus séminal qu'urinaire.
Car Mr. ne semble pas être dans la recherche du plaisir à deux (ou même à plusieurs) mais dans la sodomie surprise et sans vaseline, dans ce qui ressemble au viol artistique le plus pur.En posant sa signature sur des copies d’œuvres pré-existantes, il "s’approprie" ce qui ne lui appartient pas.

Mais je m'aperçois que je ne vous ai encore rien raconté. Patience, ça va venir, je fais monter la sauce, bande de petits garnements (je tiens d'ailleurs à remercier mes milliers de conquêtes pour m'avoir appris à faire atteindre le 7ème ciel avec passion, patience et souplesse tant corporelle que linguale).

Continuons donc l'exploration du site officiel de Mr étincelle :
" A la fois peintre et plasticien, SPaRK donne naissance à des personnages fantasmagoriques, issus de la BD, de la caricature, de la publicité et des symboles ancestraux de l’humanité. SPaRK apparait comme une véritable locomotive de la « street pop » bruxelloise, une mouvance qui revendique la synthèse de la pop américaine et de la culture de l’art urbain européen."

Kewa ? Qu'ouïs-je, qu'entends-je? (enfin, que lis-je ?)
Donner naissance. Un acte douloureux (demandez donc aux femmes depuis la bourde de la belle Eve) .
La création n'est pas toujours synonyme de peine, certains s'arrachent les cheveux pour dépeindre leurs tripes, d'autres y arrivent sans se forcer (et des tas d'autres se situent sans doute entre les deux extrémités) mais il y a une douleur commune : une fois que le bébé est né, les créateurs confient leur nouveau-né à quelqu'un d'autre. Un éditeur, un studio de cinéma et, ultimement, le public.
La douleur de l'abandon, de la dépossession est là. On peut être fier du travail et du boulot abattu (ainsi que du bouleau abattu pour imprimer votre ouvrage) mais l'œuvre ne nous appartient plus vraiment.
Elle vole de ses propres ailes.

Et puis, Mr Spark débarque comme le premier chasseur alcoolique venu et l'abat en plein ciel. Il la dépèce, la tourne dans tous les sens, la fourre de paille et vend sa taxidermie difforme comme s'il en était le seul maître d'œuvre.
Même un taxidermiste bourré à la bière irlandaise et à l'irish coffee (oui, j'adore l'Irlande et ses belles rousses, je lis des comics pour les cheveux de Jean Grey et de MJ Watson, ça vous défrise ?) refuserait de vous vendre un renard empaillé en arguant en être la mère naturelle.

"L'art" de Mr Spark est simple.
Il repères des  œuvres dessinées par d'autres (le plus souvent, issues de comic books) , les recopie sur toile, les modifie un brin , les expose et les revends.
Des milliers d'euros.
Sans jamais citer les auteurs d'origine.
Ni leur reverser une part à eux et ni aux ayants droits et/ou propriétaires des personnages utilisés, bien entendu.

Œuvre originale.

Plagiat? ( Double, l'arrière-plan est piqué à Darwyn Cooke). Je pense bien que oui.


Car Mr Spark n'a pas une étincelle de génie. Il a été obligé de changer son nom pour faire croire qu'il possédait une once de la lumière divine et chaude qui peut allumer des feux de dieu dans l'esprit et les mains des êtres sensibles cherchant à jamais à dépasser la simple condition de matière brute.
 Il ne donne naissance à rien. Il n'est la mère de rien si ce n'est d'une abomination (oui, comme lady Jessica dans Dune... si on oublie Paul. Je dédicace d'ailleurs ce passage au Fossoyeur de Films).

J'imagine aisément comment devait se dérouler les séances de bricolage des cadeaux de la fête des mères lorsqu'il était encore enfant, assis à côté du petit Jean.
Jean avait réalisé un magnifique collier de pâtes, alliant penne, pipe et autres farfalle autour d'un spaghetti mou. Quand soudain, le fourbe, l'ignoble, se jette sur lui, l'assomme avec son plumier en bois, vole son "magnifique" collier  au petit Jean et le revend à sa mère un prix indécent.
(spoiler alert, ceci est une métaphore issue du second degré parodique situé dans le même genre de délires que les "Guignols de l'info" quand ils imaginent des situations passées, présentes ou futures mettant en scène une figure connue, merci de votre attention).


Le plagiat est un ensemble de pratiques qui m'évoquent celles d' une tique, d'un champignon, d'une sangsue (les sangsues luisent au soleil, c'est la seule chose qui les rende étincelantes d'ailleurs), d'un vampire.
En un mot comme en cent, d'un parasite. D'ailleurs, les planches originales appartenant aux artistes qui les ont dessinées (et qui de facto ont le droit de les revendre) , on peut se demander si la notion juridique de parasitage ne nage pas également dans cette affaire.



John Romita Jr.

Le plagiat est le travail du barbare inculte et incapable d'une pensée originale qui arrive pour razzier, piller, voler, sacquer l'Empire Romain.
Et quand on l'attaque, l'Empire Contre-Attaque (merci Alain Chabat, grand fan de BD's, lui ! Et respectueux envers ce média).
Et quand l'Empire est multiple et s'appelle Disney (Marvel), Warner (DC), etc…ouuuh, je payerai avec joie mon ticket d'avion pour assister aux audiences qui jetteront l'opprobre sur la vie et la carrière d'un plagiaire!

Mais, si tu te considères vraiment comme un artiste,Benji, si tu te trouves injustement victime d'un lynchage médiatique, laisse-moi te rappeler que le talent n'est vraiment reconnu qu'après la mort.

Vois-tu Benji, je suis moi-même résident belge. J'y ai amis, famille, relations, affiliations (et même liaisons) et ceux-ci m'apprécient. Assez, pour la plupart, pour me rendre un service tout simple : répercuter cet article ou mon action. Car oui, j'ai une action en cours.

Au mois d'Octobre, tu inaugures une exposition à Bruxelles (Rue Capitaine Crespel 22 - 1050 Bruxelles, pour l'adresse exacte) : le vernissage a lieu le 16 Octobre et l'expo se termine le 22 novembre.
Tu veux tester la loyauté des fans de comics envers ceux qui les font rêver, tu le veux vraiment ?



Mike Deodato Jr.

Dès le jour du vernissage en question,et pour éviter à certains de dépenser des milliers d'euros, je distribuerai des tracts où le nom des vrais artistes apparaîtra en grand et en gras.
Je ne m'interdis pas non plus de visiter ton exposition en arborant des t-shirts représentant les œuvres d'origines et de poser à côtés d'elles pour que les gens se posent de drôles de questions sur ton "art" ( j'ai une collection vestimentaire très complète et assez d'amis à ma taille pour en porter aussi).

(source : http://paulrenaud.tumblr.com/image/87640505733 )

Je prends peut-être la chose trop à cœur, mais en plus d'avoir sali ( ce sont tes mots en plus), détruit des images fortes et symbolisant mon attachement aux comics, tu as aussi fait l'erreur fatale de voler Michael Turner.
Quand j'étais plus jeune, je ne lisais que Spider-Man. Le reste de la production Marvel, DC ou autres ne m'intéressait pas. Et puis j'ai découvert Michael Turner. C'est con, mais sans lui, je n'aurais pas vraiment pris conscience de tout ce qui gravite autour de Spider-Man : c'est-à-dire les autres comics.

Turner est mort. Cancer des os. Un cancer douloureux, qui l'a empêché trop souvent de dessiner, chose qu'il adorait faire. Souffrir pour son art n'est pas une vaine expression quand les os de vos mains sont mangés par le crabe.
Il avait deux passions : le dessin et le surf. Et s'il était encore de ce monde, je lui offrirais un billet aller-retour pour Bruxelles et le logerais le temps qu'il trouve le meilleur moment et le meilleur endroit pour t'exposer son point de vue de spolié en face, là où tu ne pourrais pas "effacer" ses commentaires comme tu en as l'habitude sur ta petite page Facebook.
Malheureusement pour ma soif de justice, Michael Turner est mort.
Et un homme mort ne peut faire de mal à personne. Tu t'en tires si bien pour le l'instant. Par contre, Turner a des ayants droits et sa société, Aspen Comics, vit toujours ,elle, et est au courant de tes agissements.
Du coup, je me dis que ça risque de se gâter aux procès qui te seront, j'en suis persuadé, intentés.
Et finalement, c'est ce qui m'intéresse le plus : on guérit d'une blessure physique mais on ne se relève pas de perdre un combat contre des plagiés qui n'auront aucun mal à le prouver ( sans compter qu'ils seront accompagnés de leurs éditeurs poids lourds ,comme je l'ai déjà fait remarquer)

Tu as pillé le travail d'artistes et craché à la souffrance d'une personne dont j'admire le talent (oui, au présent, car son œuvre est toujours là alors que la tienne ne survivra pas).
Tu ne mérites rien si ce n'est déshonneur, irrespect et être voués aux gémonies.
Profite de ton heure de gloire Benjamin, mais n'oublie jamais : Sic transit gloria.
(oui, une locution latine, ça en jette toujours et c'est pas cher).


Je terminerai en laissant la place à Orson Welles, grand et gros homme plein d'allant et doué en métaphores subtiles et délicates !


Ce coup de gueule éditorial est dédié à Don Rosa, J.Scott Campbell, Michael Turner, Jack Kirby, John Romita (et son fils, John Romita Jr) et tous ceux que je pourrais oublier.
Vous avez un jour fait rêver un petit garçon et celui-ci ne pouvait que s'indigner de votre cauchemar.

ps : et merde, avec tout ça j'ai oublié de discourir sur la différence entre hommage, citation et plagiat. Mais je vous laisse avec une belle logorrhée alors ne vous plaignez pas trop non plus !

pps : merci à Francis Scott Fitzgerald pour son aide sur le titre de l'article et à David Fincher de m'avoir donné envie de lire une nouvelle finalement très éloignée de son film (David, ton film était mieux de toute façon).

Vi Veri veniversum vivus vici