23 août 2014

Sélections UMAC : cinq Koontz à lire ou relire

UMAC se penche sur Dean Koontz, avec une sélection de cinq romans, très différents et bigrement conseillés.

Koontz a de nombreux points communs avec Stephen King. Ils sont de la même génération, tous deux américains et nés dans des familles pauvres, ce sont des auteurs populaires, ayant une prédilection pour le fantastique et le suspense, et leurs noms se retrouvent régulièrement sur la liste des best-sellers.
Au niveau géographique, ils sont par contre on ne peut plus éloignés. Si King est originaire du Maine, Koontz réside à l'exact opposé, dans le sud de la Californie. Autre point commun, si King a réécrit, ou du moins modifié, certaines œuvres de jeunesse, Koontz a racheté les droits de certains de ses romans, qu'il jugeait de moindre qualité, pour éventuellement les réécrire à l'avenir (ou en tout cas contrôler leur distribution).
Et il vrai que certains Koontz sont parfois moins intéressants, presque bâclés. Si King écrit avec la précision, la hargne et la technique d'un boxeur virtuose, Koontz a alterné pendant un temps les livres ratés et les purs coups de génie. 

Cette plume évoluant en "dents de scie" ne l'a pas empêché de produire de nombreux romans, avec une régularité de métronome et de nombreux noms d'emprunt. Il est aujourd'hui connu pour diverses séries, comme Frankenstein et Odd Thomas, d'ailleurs (assez mal) adaptées en comics ou manga (cf. ces articles : Frankenstein et Odd Thomas) mais ce sont ses "standalones" qui nous intéressent ici. 


Spectres (Phantoms)
Sans doute l'un des plus impressionnants romans de l'auteur, qui met en place une histoire à mi-chemin, pour l'ambiance, entre Ça et Aliens.
Jenny et sa jeune sœur Lisa vont passer quelques jours à Snowfield, petit village de montagne censé être sympathique et accueillant. En fait, les deux jeunes femmes ne vont pas tarder à se rendre compte que le lieu est désert. Pire, elles trouvent des scènes de crime et des cadavres horriblement mutilés un peu partout.
Quelque chose a pris possession de la petite localité...

Contre toute attente, le récit s'inspire... d'une histoire "vraie". Au moins une légende urbaine disons, qui concerne un petit village inuit situé sur les bords du lac Angikuni. Un trappeur aurait en effet découvert ce village, brusquement déserté par ses habitants. Des chiens sont retrouvés morts, attachés à des arbres, les cuisines sont remplies de plats à moitié préparés, les corps du cimetière local ont été subtilisés... autant dire que les faits, qu'ils soient ou non exacts, constituaient un point de départ idéal pour une histoire d'épouvante.

Le roman évolue lentement, d'une sorte de huis clos intimiste dans un village hanté vers quelque chose de plus fantastique après l'arrivée des "secours". Dès les premières scènes, la tension s'installe et ne retombera plus. 


La Nuit des Cafards (Whispers)
Ne vous laissez pas rebuter par le titre français, il est assez mal trouvé et n'a aucun rapport avec l'histoire.
Si Spectres est, dans mes souvenirs, ma première rencontre avec Koontz, Whispers est bien le roman qui m'a le plus touché, et par voie de conséquence, rendu accro à l'auteur. Et comme toute drogue qui rend accro, Whispers a des effets dévastateurs.

Voyons tout d'abord l'histoire. Elle semble a priori banale : Hilary Thomas, une scénariste hollywoodienne, est agressée à son domicile par un certain Bruno Frye, qui semble avoir pourtant un très bon alibi. Les deux flics venus prendre la déposition de la jeune femme, encore sous le choc, ont du mal à la croire.
Par contre, le lendemain, quand le même type l'agresse encore et qu'Hilary est obligée de le tuer, les flics sont obligés de constater les faits.
Tout semble ne pas trop mal se terminer quand Hilary est encore agressée. Par Frye.

Tout commence d'une manière un peu classique, voire stéréotypée. La demoiselle en détresse, le bon flic, le méchant flic, le taré... mais en réalité, Koontz va rapidement brouiller les cartes. C'est d'ailleurs le propre du bonhomme. Vous regardez sa main droite ? Il vous fait les poches avec la gauche. Vous pensiez que ce personnage était un salaud ? Vous allez chialer quand il va crever (véridique, je me suis mis à chialer comme un gosse - mais en même temps, quand j'ai lu ce livre, j'étais un gosse - lors d'une scène incroyablement forte). Vous pensez avoir affaire à du fantastique ? On vous livre une explication rationnelle.

Une putain de bonne histoire dont on ressort lessivé et heureux.


Le Rideau de Ténèbres (Darkfall)
Jack Dawson est un flic new-yorkais qui s'occupe seul de ses deux enfants depuis le décès de sa femme.
Il va être amené à enquêter sur des meurtres extrêmement violents qui visent des membres de la pègre. Les corps sont déchiquetés, labourés par d'étranges morsures...
Dawson penche bientôt pour une explication surnaturelle, impliquant le vaudou, alors que sa collègue, Rebecca, ne veut pas en entendre parler.
Pourtant, une porte est bien en train de s'ouvrir sur notre monde. Une porte qu'il va falloir refermer à tout prix.

De nouveau un mélange entre polar et épouvante, avec des personnages attachants et des scènes émotionnellement fortes. La fin reste un peu prévisible et manque sans doute d'envergure pour réellement en faire un incontournable, mais l'ensemble se lit avec un réel plaisir. Et puis il y a le froid, l'hiver qui recouvre la ville et impose son rythme, sa noirceur, comme si les créatures démoniaques dont il est question apportaient avec elles leur univers glacé et sombre. 

Ce roman de Koontz est parfois injustement considéré comme mineur, voire décrié, alors qu'il possède de véritables qualités et plonge le lecteur dans un rapport aussi direct que malsain avec le Mal.
A découvrir.


Chasse à Mort (Watchers)
Attention, le pitch de ce roman peut sembler absurde, mais certaines scènes ont un impact et une portée émotionnelle inégalés, surtout si l'on est un peu sensible à la cause animale et que l'on aime les boules de poils.
Koontz est un passionné de chiens, et notamment de Golden Retriever (difficile de ne pas trouver ce chien sympathique quand vous voyez sa bonne bouille). Il lui arrive donc de mettre cet animal au centre de ses intrigues (encore récemment avec Soir de Cauchemar). C'est le cas dans Chasse à Mort, qui est probablement l'un des meilleurs romans décrivant l'amour inconditionnel et indicible qui peut unir un homme et une bestiole.

Travis Cornell est un ancien militaire des forces spéciales, un solitaire, cynique, qui vit dans le conté d'Orange, en Californie. Lorsqu'il rencontre Einstein, un chien, très amical, qui semble abandonné, il décide de l'adopter. Il va rapidement se rendre compte que le toutou est incroyablement intelligent, mais aussi que des gens mal intentionnés, et une effroyable créature, le poursuivent...

Bon, on retrouve ici le mec, triste et seul, qui va rencontrer la nana sympa qui tombe sous son charme, ok, c'est terriblement convenu, mais l'essentiel n'est heureusement pas là. Et pour une fois, il n'est pas difficile d'aborder l'essentiel sans dévoiler un élément crucial. C'est une simple histoire (enfin, "simple", il y a du fantastique là-dedans, bien sûr) d'amour. Pas entre Travis et Nora, mais entre Einstein et l'Homme, au sens large. 
Le rapport que l'on peut avoir avec un animal est parfois moqué par des gens qui n'ont jamais rien éprouvé de tel et font l'erreur de croire qu'une échelle des sentiments existe. Ou qu'un rapport affectueux serait plus noble qu'un autre. Ce qui est très bien mis en scène ici, avec certes un chien hors du commun et un anthropomorphisme dangereux (mais relativement bien employé), ce n'est rien d'autre que la pureté d'un sentiment désintéressé, qui est d'autant plus magique qu'il est inter-espèce. 

Est-ce que c'est plein de bons sentiments ? Oui, mais ça fonctionne, et parfois ça ne fait pas de mal d'avoir un peu de sucre entre deux giclées d'acide.


Les Etrangers (Strangers)
Je me rends compte que tous les romans de ma sélection datent des années 80. Pourtant, je ne les ai pas tous lus à leur sortie. Il faut croire que cette période de Koontz m'a particulièrement plu. ;o)

Les personnages de Strangers n'ont visiblement rien en commun. A part une chose. La peur. Le petit grain de sable qui vient perturber leur vie en apparence normale et rangée. Un écrivain sujet à des crises de somnambulisme, un ancien marine qui a peur de l'obscurité, un prêtre qui perd la foi, une jeune femme, chirurgien, qui a des absences effrayantes... 

Peut-être le plus "kingien" des Koontz au niveau de la construction des personnages et de la mise en place de l'intrigue. Je suis toujours étonné, atterré même, lorsque je vois des commentaires (sur des sites américains ou français) négatifs sur la longueur de ce roman. Long, ça ? Carrément pas (que dire alors de The Dark Tower ou A Song of Ice and Fire ?), mais surtout, aucun mot n'est en trop. Tout concourt, jusqu'à la moindre virgule, à bâtir une solide histoire dans laquelle l'on s'immerge, page après page.
La longueur n'est pas une valeur absolue. Trop long, cela veut dire chiant. Et certains auteurs sont déjà trop "longs" en deux pages, ou même trois phrases. 

Il existe aussi des lecteurs qui - et c'est sans doute risqué de l'admettre - ne savent pas lire. Oh, ils savent déchiffrer les mots, bien sûr, mais ils ne comprennent pas les particularités et la magie du roman en tant que medium. Ils veulent des résumés d'histoires. Des ersatz de personnages. Des livres maigres.
Et pourtant, un bon livre est toujours trop court.
La plupart des histoires - des bonnes histoires - peuvent se résumer en quelques mots, quelques lignes au pire. Mais quel serait l'intérêt de procéder ainsi ? Le but n'est jamais essentiel, c'est le cheminement qui importe.
Qu'elle fasse 200 pages ou 5000, une bonne histoire a la taille idéale. Celle qui convient à ses protagonistes, à son rythme et à son auteur. Il m'est arrivé de lire de mauvais Koontz, et ils étaient déjà désagréables à la vingtième page. Les bons, en général, le restent jusqu'à la fin. C'est, je le crois, le cas de ces cinq romans. Et si je ne vous en dis pas trop sur ce dernier, c'est volontaire. Il est des choses qu'il est bon de découvrir seul, tard, entouré par la Nuit et protégé par la Couette...


Peut-être n'aimerez-vous pas tous ces livres. Une recette, aussi bonne soit-elle, ne convient pas forcément à toutes les tables. Mais au moins, il n'y a pas ici de tricherie sur la marchandise. Le type a du talent, un savoir-faire indéniable et il bosse (on ne peut pas arriver à ce genre de résultats quand on pratique l'écriture en dilettante). 
Si l'on me demandait dans quel genre se situe Koontz, je serais incapable de le dire. Epouvante, thriller, fantastique ? Un peu de tout ça. Par contre, je sais, depuis longtemps ce qu'il écrit réellement.
De bonnes histoires.
Et si parfois il y en a de moins bonnes, elles sont vite oubliées. Parce que ce qu'il reste à la fin, ce sont ces moments incroyables, quand les traces d'encre sur le papier se transforment en émotion réelle.
La magie existe. Et Koontz est l'un des sorciers qui peuvent embellir votre quotidien et agrandir votre monde.

Si le cœur vous en dit, laissez-vous tenter. Des tas de bons personnages n'attendent que vos yeux pour renaître à la vie... encore une fois.