17 novembre 2014

Marvel Icons : Spider-Man par Straczynski, tome 2

Le deuxième Marvel Icons consacré au run de Straczynski sur Amazing Spider-Man vient de sortir il y a quelques jours. On fait le point sur cette suite attendue.

Le premier tome était excellent et constituait un incontournable pour les fans du Tisseur, ce second opus - qui contient également seize épisodes - s'avère pratiquement aussi bon et, en tout cas, dans la même lignée.
Très logiquement, J.M. Straczynski continue d'explorer la thématique qu'il a mise en place avec Ezekiel, Morlun et la nature totémique des pouvoirs de Spidey. Il était cependant difficile de faire aussi impressionnant que Morlun, aussi l'auteur a trouvé une astuce plutôt intéressante.

En effet, la nouvelle ennemie que Peter doit affronter, Shathra, va l'attaquer sur un terrain inattendu : sa réputation. Celle-ci prétend être sa maîtresse et raconte des horreurs sur sa vie privée à la télévision. Cela n'arrange évidemment pas la situation avec Mary Jane, toujours à Los Angeles et en proie à des interrogations sur sa vie de couple.
Niveau ennemis, même si Fatalis fait une apparition remarquée, Straczynski propose plutôt du neuf, avec notamment une sorte de golem, composé d'anciens mafieux et boosté aux rayons gamma. Pas le plus charismatique des vilains, mais cela permet à Parker de fréquenter un parrain de la mafia et même... de bosser pour lui.

Bien entendu, cela engendre quelques questions morales. Et ce ne sont pas les seules. Le scénariste va également confronter le Tisseur à ses actions, supposées bonnes mais parfois quelque peu manichéennes et simplistes. Parker, toujours prof à cette époque, rencontre ainsi une jeune fille dont le frère a disparu à sa sortie de prison. Or, il se trouve que c'est Peter lui-même qui a causé la chute du frangin, un "simple" voleur de voiture.
Très intelligemment, Straczynski va introduire un bémol quant à la pratique rigoriste arachnéenne. Et il est vrai que si l'on peut trouver parfois absurde et niais le principe du no-kill (surtout lorsque celui-ci condamne potentiellement des innocents), il est juste de reconnaître que l'inverse, une approche trop systématiquement répressive, sans prendre en compte le contexte, peut également être discutable.
Là où le scénariste fait preuve d'habileté, c'est qu'il ne tente pas d'imposer une opinion aux forceps mais amène le lecteur à s'interroger avec le personnage, sans heurts. 

Une large place est également consacrée à la vie sentimentale, toujours compliquée, de Parker. Mary Jane et Peter se croisent, se cherchent, doutent pour finalement avancer ensemble, envers et contre tout. Naïf ? Pas tant que ça car, mine de rien, l'auteur parvient dans ce domaine aussi à tenir un propos intelligent et sans prétention. 
Pour cela, là encore, Peter est décrit avec ses failles, ses égarements. Et c'est bien sa femme qui, lorsqu'il va se perdre à tenter de trouver le "meilleur" moment, une situation idéale qui ne viendra jamais, le convaincra que rien ne vaut d'être ici et maintenant. Car demain est le pire des pièges, celui qui empêche de vivre et remet à plus tard l'essentiel. 
Oh, il ne s'agit pas d'un traité de philosophie, bien sûr, personne ne prétend cela, mais c'est tout de même un peu plus intéressant intellectuellement que la manière caricaturale (encore colportée par certains récemment, cf. cet article) dont sont parfois encore décrits les comics (souvent d'ailleurs par ceux qui n'en lisent pas).

Signalons aussi la présence de l'historique numéro #500 de la série, qui permet de faire un rapide tour d'horizon des adversaires du Tisseur et de certains moments importants du passé. 
Niveau dessin, c'est John Romita Jr qui est aux crayons. Il est toujours présenté d'une manière ridicule par Panini, sans aucun recul ni aucune objectivité. C'est bien simple, on dirait que le texte de présentation qui le concerne a été écrit par l'adepte d'une secte devant son gourou. Sous acide. 
"Figure mythique", "maître des comics modernes", "dessinateur phare", "pilier inébranlable"... heu, ça va ? On va peut-être se calmer cinq minutes, non ? 
"Pilier inébranlable"... pourquoi pas "lumière céleste" ? Oh, t'as vu la gueule de ce qu'a fait le pilier dernièrement ? Ah ben, ça commence à lézarder sévère, va falloir lui foutre du crépi pour colmater les brèches à ton pilier. 
Plus sérieusement, là c'est encore l'époque où il faisait quelques efforts (contrairement à certains de ses travaux plus récents, cf. cet article). Malgré tout, difficile de ne pas penser qu'un Deodato, par exemple, donnera plus tard une esthétique bien supérieure à la série. Au niveau du style, c'est certes subjectif, mais au niveau du travail bâclé chronique de Romita (notamment sur les visages et certains décors), c'est un constat évident.

Au final, il y avait tellement d'éléments importants, voire historiques, dans le précédent Icons que celui-ci est, en comparaison, un peu en dessous. Malgré tout, cela reste un run brillant, bourré de bonnes idées, d'humour et versant parfois, mais sans excès ni lourdeur, dans l'émotion.

+ Straczynski, qui ne se contente pas de ressasser des éléments déjà vus cent fois mais fait réellement avancer la série
+ un deuxième niveau de lecture intelligent et jamais pédant
+ un humour efficace et collant parfaitement au Tisseur
- le prix : plus de 35 euros, pour une réédition sans bonus, ça fait quand même cher