06 janvier 2015

Spider-Man : un relaunch de plus

L'année commence avec un Spider-Man #1 de plus en kiosque. Le point sur le contenu et la stratégie éditoriale Marvel.

Panini lance ce mois la cinquième version de sa revue Spider-Man, qui accueille le "début" de la troisième série portant le titre Amazing Spider-Man. Avant de s'intéresser aux récits, nous allons revenir sur cette pratique éditoriale parfois agaçante : le relaunch.
Marvel, depuis quelques années, a choisi de multiplier les events mais aussi de relancer régulièrement ses séries au numéro #1. Contrairement à un reboot (ce qui s'est pratiqué, de belle manière, chez DC Comics), le relaunch ne fait pas table rase du passé. Il ne simplifie rien, conserve la continuité et se limite donc à faire un "coup" médiatique, en espérant attirer de nouveaux lecteurs.

Vous allez me dire "s'il suffisait de mettre un numéro #1 sur une cover pour que les comics se vendent mieux, ça se saurait". Oui, ce n'est pas suffisant et, surtout, ce n'est pas là l'essentiel. Pourtant, dans le cas présent, cet énième faux-départ a très bien marché aux Etats-Unis. Au point que le premier numéro d'Amazing Spider-Man a dépassé les 530 000 exemplaires vendus en avril 2014...
Il faut bien se rendre compte à quel point ce chiffre est ahurissant de nos jours. Rares sont aujourd'hui les titres qui atteignent les 100 000 exemplaires (quatre seulement dans le dernier top 300, de novembre 2014). Cette barre symbolique est réservée aux poids lourds et aux gros évènements. Et au-dessus de 150 000 (aucun en novembre), c'est un énorme carton. Donc dépasser le demi-million donne forcément raison aux amateurs de bricolage et de petites combines. 
Triste.
Non pas que ce soit une mauvaise chose que la série se vende, au contraire, mais quand on est un peu attaché au métier de conteur, l'on ne peut qu'être déçu de constater que c'est une manœuvre cousue de fil blanc, et non la qualité intrinsèque des histoires, qui attire le chaland. 

Il faut pourtant noter que, en plus du simple numéro #1 affiché en gros et de la sempiternelle promesse de trouver la "porte d'accès" idéale, cette nouvelle série marquait le retour de Peter Parker dans le rôle titre. En effet, depuis de longs mois, le masque de Spider-Man était porté par Otto Octavius, dont l'esprit squattait le corps de ce pauvre Peter (cf. Superior Spider-Man). 
Les ventes monstrueuses ne sont donc pas seulement due à l'attrait du fameux chiffre magique.
Ouf...
Dans les faits, Marvel truste donc en ce moment les premières places des ventes (et accumule les cartons commerciaux, avec Death of Wolverine ou Rocket Raccoon qui tapent allègrement dans les 200 ou 300 000). Reste que globalement, le cap choisit et maintenu par DC semble à la fois plus courageux et plus logique, avec une refonte de son univers, suivie de nouvelles séries ambitieuses et accessibles. Marvel, dans son cas, a une attitude plus perverse, avec des séries de plus en plus imbriquées les unes dans les autres (de manière totalement artificielle parfois) et une fausse impression de renouveau alors que le surplace narratif n'a jamais été aussi évident, surtout pour un Tisseur qui, depuis la fin du run de Straczynski, a même connu une violente régression (cf. cet article).

Mais passons maintenant au contenu. A savoir, pour commencer, les deux premiers épisodes de cette nouvelle cuvée Amazing Spider-Man. Pas de surprise au scénario puisque l'on retrouve de nouveau Dan Slott (choix difficilement compréhensible, car s'il s'en est très bien sorti sur Superior, il n'avait guère brillé auparavant sur le titre) puis Joe Caramagna. C'est Humberto Ramos qui œuvre au dessin dans un premier temps, suivi par Chris Eliopoulos.
Eh bien, il faut avouer que le résultat est plutôt pas mal. Peter découvre les changements qu'Otto a apportés dans sa vie pendant son absence. Que ce soit des éléments positifs (il est maintenant titulaire d'un doctorat et chef d'entreprise) ou négatifs (il s'est fait pas mal de nouveaux ennemis et a une petite amie dont il ne sait rien).
En passant, c'était bien la peine de nous gonfler avec les "fondamentaux" du Tisseur, pendant Brand New Day, si c'est pour en faire ensuite un chef d'entreprise, membre des Vengeurs. Le propre de Spidey, ce n'est pas d'être célibataire ni d'avoir une tantine (contrairement à ce que semblait croire Quesada) mais d'être un héros solitaire, dont la vie privée est perturbée par ses activités super-héroïques. Mary Jane ne gênait en rien cela, par contre avoir du pognon et être potes avec les plus grands super-héros de la Terre, si.

Ce relaunch est accompagné de mini-histoires faisant le point sur certains personnages, comme Electro ou Black Cat. L'ancien Spider-Man (version "superior") ayant fait des expériences sur le premier et tabassé et fait jeter en prison la deuxième, Parker devra certainement gérer les retombées sous peu.
Un petit effort donc de la part de Marvel au niveau de l'accessibilité, même si les références aux sagas passées restent constantes.

L'on passe ensuite aux deux autres séries de la revue. Tout d'abord, Spider-Man 2099, là encore un numéro #1.
Le Spidey du futur est coincé à notre époque et officie dans New York sous la plume de Peter David et les crayons de Will Sliney. Très bonne chose que David soit aux commandes puisque c'est lui qui avait lancé la série originale (dont le début a été réédité en Marvel Best Of). Par contre, le propre de ce Tisseur tient beaucoup à l'univers très particulier de 2099, avec ses corporations et son ambiance dystopique paranoïaque. Plonger du coup Miguel O'Hara dans le monde contemporain n'a pas forcément une grande logique (d'autant que l'on ne manque pas d'encapés dans la spider family [1]).
Difficile cependant de juger sur un seul numéro. 
A voir.

Enfin, l'on en arrive à la nouvelle mouture des New Warriors. La série a bien une filiation avec le Monte-en-l'air puisque Scarlet Spider (donc Kaine, cf. entre autres cet article) fait partie du casting.
Chistopher Yost se charge du scénario, Marcus To des dessins.
On retrouve deux des piliers historiques de l'équipe (Justice et Speedball, anciennement Penance), ainsi que quelques nouveaux venus. Là encore, les néophytes auront du mal à saisir la portée de certaines références (l'on parle notamment encore de Stamford, l'évènement déclencheur de Civil War). Cela démontre assez bien l'aspect gadget et illusoire de ces "numéros #1" qui ne simplifient rien et n'ont rien de "points d'accès" particulièrement efficaces.
Pour ce qui est du récit, ce n'est pour l'instant pas très folichon. Haché, un peu ennuyeux, sans grande consistance... dommage car les personnages ont du potentiel (comme les Runaways ou les Young Avengers, des groupes de jeunes héros qui sont souvent très bien écrits, d'autant que les auteurs bénéficient d'une plus grande marge de manœuvre sur ces titres secondaires).

Alors, que dire de cet évènement comics du début d'année ?
Eh bien, que ce n'en est pas un, déjà, puisque la série suit son cours, même si la numérotation tend à faire croire le contraire. Que le titre historique du Tisseur s'avère intéressant (mais Spidey n'est jamais aussi bon que lorsque les petites emmerdes s'accumulent, et avec les surprises laissées par Otto, il a de quoi faire). Et enfin que les autres titres sont pour l'instant loin d'être vraiment enthousiasmants.
Rien de neuf dans la Maison des Idées (sic) mais il aurait été difficile de passer sous silence le retour de ce bon vieux Peter. 
Ah, si Straczynski pouvait revenir également...

+ un retour réussi pour Parker
+ un humour souvent efficace
+ des dessins corrects dans l'ensemble
- l'aspect totalement artificiel (et agaçant à la longue) du relaunch
- un Spider-Man 2099 qui n'est pas très concluant pour l'instant (mais avec Peter David aux commandes, ça devrait vite s'arranger)
- un New Warriors brouillon, avec des personnages manquant de charisme 


[1] La dernière venue s'appelle Silk et a déjà fait ses premiers pas en VO. Les premières planches du premier épisode d'Amazing Spider-Man dévoilent d'ailleurs la manière dont elle acquiert ses pouvoirs dans un flashback revenant sur la fameuse araignée radioactive ayant mordu un certain Peter Parker (pour une fois, la répétition des origines a donc une utilité).